
2 mandats — 50 promesses analysées au total
Jacques Chirac (RPR / UMP) a exercé la présidence de la République du 17 mai 1995 au 16 mai 2007. Sur 50 promesses recensées et classées selon la grille publique de Mémoires de France : 19 tenues, 17 partiellement tenues, 10 non tenues, 3 inversées et 1 dépassée. Ce décompte est mécanique : il applique une grille de classement publiée, il ne constitue ni une note ni un jugement de valeur.
Chirac l'emporte après une campagne axée sur la « fracture sociale ». Il bat Jospin dans un contexte de chômage de masse et de désillusion après 14 ans de présidence Mitterrand. Son rival de droite Balladur est éliminé au premier tour.
Promesses publiées dans PromesseElection.promesses pour l'élection 1995, incluses selon la grille v1.0.0.
100% des promesses incluses portent au moins une source.
Réduire la « fracture sociale » en faisant de la lutte contre l'exclusion la priorité du quinquennat
Promesse emblématique de la campagne 1995, la « fracture sociale » est le concept central sur lequel Chirac bâtit sa victoire. Dès l'automne 1995, le plan Juppé d'austérité budgétaire pour respecter les critères de Maastricht contredit frontalement cette promesse. Les mesures d'économies frappent en priorité les classes populaires et moyennes. La loi contre les exclusions ne sera votée qu'en 1998… sous le gouvernement Jospin, après la dissolution ratée de 1997. Le fossé entre la rhétorique de campagne et la politique menée est considéré par les historiens comme l'un des plus grands retournements de la Ve République.
Baisser les impôts, notamment l'impôt sur le revenu, pour relancer la consommation
Chirac promet une baisse de la fiscalité pour soutenir le pouvoir d'achat. En réalité, dès l'été 1995, le gouvernement Juppé relève la TVA de 18,6 % à 20,6 % (soit +2 points), augmente la CSG, et crée la CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) en février 1996. La pression fiscale globale augmente sur le quinquennat. Ce retournement fiscal est directement lié à la nécessité de ramener le déficit public sous les 3 % du PIB pour qualifier la France à l'euro.
Faire reculer le chômage de masse, objectif de retour vers le plein emploi
Le chômage atteint 11,6 % en 1995. Sous le gouvernement Juppé (1995-1997), il ne recule pas significativement et reste au-dessus de 12 %. C'est paradoxalement sous la cohabitation avec Jospin (1997-2002) que le chômage baisse fortement, passant de 12,2 % à 8,6 %, grâce à la croissance mondiale, aux 35 heures et aux emplois-jeunes. Chirac n'est pas l'artisan de cette baisse mais elle se produit sous sa présidence. Le chômage repart à la hausse en fin de mandat (9,1 % en 2002).
Réformer la Sécurité sociale pour assurer sa pérennité (plan Juppé)
Le plan Juppé présenté le 15 novembre 1995 prévoit une refonte globale de la Sécurité sociale : maîtrise des dépenses de santé, loi de financement annuelle (LFSS), création des ARH (agences régionales de l'hospitalisation), mise sous conditions de ressources des allocations familiales, et réforme des régimes spéciaux de retraite. La partie « gouvernance » (LFSS, ARH) est adoptée et constitue un héritage durable. En revanche, la réforme des régimes spéciaux est abandonnée face aux grèves massives de novembre-décembre 1995. Le volet familial est également retiré. Bilan : réforme structurellement importante mais amputée de ses volets les plus conflictuels.
Réformer les régimes spéciaux de retraite (SNCF, RATP, EDF) pour les aligner sur le régime général
Incluse dans le plan Juppé, la réforme des régimes spéciaux de retraite (allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans pour les fonctionnaires et agents des entreprises publiques) provoque les grèves massives de novembre-décembre 1995 — trois semaines de paralysie des transports, avec jusqu'à 2 millions de manifestants. Le gouvernement recule le 15 décembre et retire le volet retraites. Les régimes spéciaux ne seront finalement réformés qu'en 2007-2008 sous Sarkozy, puis en 2023 sous Macron.
Professionnaliser les armées et suspendre le service militaire obligatoire
Annoncée le 22 février 1996, la professionnalisation des armées est l'une des réformes les plus abouties du premier mandat Chirac. La loi du 28 octobre 1997 suspend le service national obligatoire (effectif au 31 décembre 2001) et le remplace par la Journée d'appel de préparation à la défense (JAPD). Les effectifs passent de 500 000 à 350 000 militaires professionnels. Cette réforme, bien que contestée par certains nostalgiques de la conscription, est largement considérée comme réussie et adaptée aux nouvelles menaces post-Guerre froide.
Reprendre les essais nucléaires français dans le Pacifique pour finaliser la simulation
Dès juin 1995, Chirac annonce la reprise des essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa (Polynésie française), interrompus par Mitterrand en 1992. Six essais sont conduits entre septembre 1995 et janvier 1996, provoquant une vague de protestations internationales (boycotts, manifestations en Australie et Nouvelle-Zélande, condamnation du Parlement européen). Chirac justifie ces essais par la nécessité de valider les données pour passer à la simulation (programme PALEN). La France signe le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE) en septembre 1996. Sur le plan stratégique, la promesse est tenue : la dissuasion française est modernisée et pérennisée sans essais futurs.
Instaurer le quinquennat présidentiel pour rapprocher le Président des citoyens
Chirac, longtemps opposé au quinquennat, se rallie finalement à cette réforme sous l'impulsion de Valéry Giscard d'Estaing. Le référendum du 24 septembre 2000 approuve le passage du septennat au quinquennat par 73,2 % des voix, mais avec une abstention record de 69,8 %, signe d'un désintérêt citoyen pour cette question institutionnelle. La loi constitutionnelle est promulguée le 2 octobre 2000. Le quinquennat s'applique pour la première fois à l'élection de 2002. Cette réforme transforme durablement le rythme politique français en synchronisant élections présidentielle et législatives, mais contribue aussi à la « présidentialisation » du régime, effet non anticipé.
Poursuivre la construction européenne et assurer le passage à la monnaie unique (euro)
Chirac maintient l'engagement européen de la France et conduit avec succès le passage à l'euro, effectif le 1er janvier 1999 (monnaie scripturale) puis le 1er janvier 2002 (pièces et billets). Le respect des critères de Maastricht (déficit < 3 % du PIB) impose l'austérité du plan Juppé, qui contredit la promesse de fracture sociale. Le traité d'Amsterdam (1997) est ratifié. Chirac joue un rôle clé dans la préparation de l'élargissement de l'UE aux pays d'Europe centrale et orientale. La promesse européenne est objectivement tenue, mais au prix du reniement de la promesse sociale — un arbitrage qui structure toute la présidence.
Augmenter le salaire minimum (SMIC) pour améliorer le pouvoir d'achat des plus modestes
Chirac promet en campagne un « coup de pouce » au SMIC au-delà de la revalorisation légale. Le gouvernement Juppé n'accorde aucun coup de pouce significatif au SMIC en 1995-1997, se limitant aux revalorisations mécaniques. Le pouvoir d'achat du SMIC progresse peu sur la période. Le « coup de pouce » promis n'a pas lieu, la priorité budgétaire étant donnée à la réduction du déficit. Sous la cohabitation Jospin, le SMIC bénéficie de revalorisations plus favorables, mais ce n'est plus l'initiative de Chirac.
Lutter contre l'exclusion sociale par une grande loi-cadre
Chirac fait de la lutte contre l'exclusion un marqueur de sa campagne. Cependant, la grande loi-cadre promise n'est pas adoptée sous le gouvernement Juppé. C'est le gouvernement Jospin qui fait voter la loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions le 29 juillet 1998, puis crée la CMU (Couverture maladie universelle) en 1999. Chirac promulgue ces lois en tant que président, et l'on peut considérer qu'il ne s'y oppose pas, mais l'initiative législative revient à la gauche. La promesse est donc partiellement tenue, par le biais inattendu de la cohabitation.
Mener une politique ambitieuse de la ville pour les banlieues et les quartiers défavorisés
Chirac crée le ministère de l'Aménagement du territoire, de la Ville et de l'Intégration confié à Jean-Claude Gaudin (1995-1997). Le Pacte de relance pour la ville (loi du 14 novembre 1996) instaure les Zones franches urbaines (ZFU) avec exonérations fiscales pour les entreprises s'installant dans les quartiers prioritaires. Ces ZFU produisent des résultats mitigés : création d'emplois locaux mais effets d'aubaine. La politique de la ville reste insuffisante face à l'ampleur des problèmes des banlieues, comme le montreront les émeutes de 2005. L'ambition initiale est partiellement atteinte.
Réduire le déficit public pour respecter les critères de Maastricht (< 3 % du PIB)
Ce n'est pas une promesse de campagne explicite — Chirac insistait au contraire sur la relance sociale — mais c'est devenu l'objectif n°1 du gouvernement Juppé dès l'été 1995. Le déficit public passe de 5,5 % du PIB en 1995 à 3,0 % en 1997, permettant la qualification de la France pour l'euro. Ce résultat est obtenu par l'austérité (hausse TVA, CRDS, gel des dépenses), au prix de la rupture avec la promesse de fracture sociale. L'objectif de Maastricht est atteint mais la méthode est l'exact inverse de ce qui avait été annoncé aux électeurs.
Revaloriser les petites retraites et les pensions de réversion
Chirac promet une attention particulière aux petites retraites et aux veuves. Dans le contexte d'austérité budgétaire, aucune revalorisation significative au-delà de l'inflation n'est accordée aux petites pensions sous le gouvernement Juppé. Le minimum vieillesse est maintenu mais sans le « coup de pouce » promis. La priorité donnée à la réduction du déficit rend impossible tout effort redistributif majeur sur les retraites. La situation des petites retraites reste un sujet récurrent jusqu'à aujourd'hui.
Réformer l'Éducation nationale pour revaloriser les enseignants et lutter contre l'échec scolaire
Chirac promet une grande réforme éducative et une revalorisation du métier d'enseignant. François Bayrou, maintenu à l'Éducation nationale, tente une réforme du collège unique mais recule face à la contestation (manifestation du 16 janvier 1997 contre le « nouveau contrat pour l'école »). Aucune revalorisation salariale significative n'a lieu. La tentative de révision de la loi Falloux (financement privé) échoue devant le Conseil constitutionnel. Le bilan éducatif du premier mandat est maigre, la cohabitation Jospin produisant davantage (plan Lang pour les écoles).
Renforcer la sécurité et la lutte contre la délinquance par des moyens accrus pour la police et la justice
Chirac fait de la sécurité un axe traditionnel de droite dans sa campagne. Jean-Louis Debré, ministre de l'Intérieur (1995-1997), mène une politique sécuritaire visible : loi du 22 avril 1996 sur les contrôles d'identité, renforcement de la lutte antiterroriste après les attentats de 1995 (GIA algérien). Le plan Vigipirate est renforcé. Cependant, les moyens budgétaires sont contraints par l'austérité, limitant les recrutements promis. Sous la cohabitation, la politique sécuritaire est infléchie par le gouvernement Jospin (police de proximité). Bilan mixte : des mesures réelles mais des moyens en deçà des promesses.
Maîtriser l'immigration avec fermeté et humanité
Jean-Louis Debré fait voter les lois du 24 avril 1997 renforçant les conditions d'entrée et de séjour des étrangers (lois Debré). Ces textes durcissent le regroupement familial et créent une obligation d'hébergement déclaré. Elles suscitent une forte mobilisation (pétition des cinéastes, manifestation des « sans-papiers » de Saint-Bernard en 1996). Sous la cohabitation, les lois Chevènement-Guigou (1998) assouplissent sensiblement le dispositif. Le bilan migratoire du mandat est contrasté : fermeté initiale puis retour en arrière, sans politique cohérente sur la durée.
Privatiser des entreprises publiques pour désendetter l'État
Le gouvernement Juppé lance plusieurs privatisations : Pechiney (1995), Renault (ouverture du capital, 1996), AGF (1996), CGE-Alcatel (1996), Thomson (tentative avortée fin 1996 — le Conseil constitutionnel bloque la vente à 1 franc symbolique de Thomson Multimédia à Daewoo). L'échec de la privatisation Thomson est un revers politique majeur. Sous la cohabitation, Jospin mène paradoxalement plus de privatisations que Juppé (France Télécom, Air France, GAN, CIC). La promesse est partiellement réalisée mais avec des ratés significatifs.
Renforcer la présence et le rayonnement de la France sur la scène internationale
Chirac affirme une politique étrangère active et indépendante. La France intervient militairement en ex-Yougoslavie (FORPRONU puis IFOR/SFOR), joue un rôle clé dans les accords de Dayton (1995) et dans la résolution de la crise bosniaque. Chirac s'illustre à Sarajevo en maintenant la fermeté face aux Serbes de Bosnie. La France participe à SFOR puis KFOR (Kosovo, 1999). Sur le plan multilatéral, Chirac défend le siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU et renforce les relations franco-africaines. Le rayonnement international de la France est réel sur cette période.
Réduire la dette publique de la France
Malgré l'austérité budgétaire, la dette publique continue de croître sur l'ensemble du premier mandat : de 55,5 % du PIB en 1995 à 59,0 % en 2002. Le plan Juppé réduit le déficit annuel mais pas le stock de dette. Les privatisations apportent des recettes ponctuelles sans inverser la tendance. Sous la cohabitation, la bonne conjoncture permet de stabiliser le ratio dette/PIB mais pas de le réduire. La promesse de désendettement n'est pas tenue, un schéma récurrent dans la Ve République.
Ne pas dissoudre l'Assemblée nationale — gouverner avec la majorité élue
Chirac ne fait pas de promesse explicite de non-dissolution, mais la décision de dissoudre l'Assemblée nationale le 21 avril 1997 contredit la logique de son élection. Disposant d'une majorité confortable (464 sièges RPR-UDF sur 577), il dissout « par confort » pour anticiper un cycle économique difficile. Le pari se retourne : la gauche plurielle remporte les législatives de juin 1997, inaugurant cinq ans de cohabitation avec Jospin. Si la dissolution est un échec stratégique majeur, il faut noter que l'engagement de gouverner avec la majorité élue a été tenu pendant deux ans (1995-1997) avant cette décision. L'absence de promesse explicite de non-dissolution et la tenue partielle de l'engagement justifient un classement en « partielle » plutôt qu'« inversée ».
Développer l'aménagement du territoire et lutter contre la désertification rurale
Charles Pasqua puis Jean-Claude Gaudin portent la politique d'aménagement du territoire. La loi Pasqua (LOADT) de 1995, votée juste avant l'élection, crée les « pays » et les schémas de services collectifs. Le gouvernement Juppé poursuit cette logique avec le développement des contrats de plan État-Régions. Cependant, les contraintes budgétaires limitent les investissements dans les infrastructures rurales. La loi Voynet (LOADDT, 1999) sous la cohabitation modifie l'approche en intégrant le développement durable. La désertification rurale continue malgré les dispositifs mis en place.
Reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale
Le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vél d'Hiv, Jacques Chirac prononce un discours historique reconnaissant pour la première fois la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs : « La France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. » Ce discours rompt avec la doctrine gaulliste (maintenue par Mitterrand) selon laquelle la République n'était pas responsable des actes de Vichy. Cette reconnaissance, bien que non explicitement promise en campagne, est un acte fondateur de la présidence Chirac, salué quasi unanimement par les historiens et les associations mémorielles. Il ouvre la voie à un travail de mémoire approfondi.
Favoriser la création d'emplois dans les PME par des allègements de charges
Chirac promet de dynamiser l'emploi dans les PME par des baisses de charges sociales. Le gouvernement Juppé maintient les allègements Balladur sur les bas salaires mais n'ajoute pas de dispositif significatif en raison des contraintes budgétaires. Le CIE (Contrat initiative emploi) est créé mais avec un impact limité. La vraie dynamique d'emploi dans les PME vient sous la cohabitation avec les 35 heures (incitations aux embauches compensatoires) et les emplois-jeunes, politiques initiées par le gouvernement Jospin.
Protéger l'environnement et intégrer le développement durable dans les politiques publiques
Chirac, qui prononcera la célèbre phrase « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » au Sommet de Johannesburg en 2002, est peu actif sur l'environnement durant son premier mandat. Corinne Lepage, ministre de l'Environnement (1995-1997), dispose de moyens limités. La reprise des essais nucléaires dans le Pacifique (1995-1996) contredit le discours environnemental. La loi sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie (LAURE, 30 décembre 1996) est adoptée mais sa mise en œuvre reste limitée. Sous la cohabitation, Dominique Voynet (Verts) porte davantage l'agenda écologique. Le bilan environnemental du premier mandat est faible et parfois contradictoire.
Séisme politique : Le Pen (FN) accède au second tour, éliminant Jospin. Un front républicain massif porte Chirac à 82 % des voix. Premier quinquennat de l'histoire, après le référendum de 2000 sur la réduction du mandat présidentiel.
Promesses publiées dans PromesseElection.promesses pour l'élection 2002, incluses selon la grille v1.0.0.
100% des promesses incluses portent au moins une source.
Faire de la sécurité routière un grand chantier national avec tolérance zéro pour les infractions graves
Engagement phare tenu de manière spectaculaire. Le déploiement massif des radars automatiques à partir de 2003, le durcissement du permis à points et la création du Conseil national de la sécurité routière ont conduit à une baisse historique de la mortalité routière : de 7 242 tués en 2002 à 4 990 en 2006, soit une réduction de 31 %. La France est passée d'un des pires bilans européens à un niveau intermédiaire. Cette politique, portée personnellement par Chirac comme « grand chantier du quinquennat », constitue l'un des succès les plus mesurables et les moins contestés de son second mandat.
Rétablir l'autorité de l'État et lutter contre l'insécurité au quotidien
La campagne de 2002 s'est cristallisée autour de l'insécurité après le choc du 21 avril. Chirac a fait voter la Loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI 1, août 2002), créé les GIR (Groupes d'intervention régionaux), renforcé les effectifs de police et gendarmerie, et durci la législation pénale via les lois Perben I (2002) et Perben II (2004). Les statistiques de la délinquance générale ont baissé (-9 % entre 2002 et 2007 selon l'ONDRP), mais les violences aux personnes ont continué d'augmenter. Le sentiment d'insécurité n'a pas significativement reculé selon les enquêtes de victimation. Bilan contrasté : effort budgétaire et législatif réel, résultats inégaux selon les types de délinquance.
Baisser l'impôt sur le revenu de 5 % sur l'ensemble du quinquennat
Promesse tenue. La baisse de l'impôt sur le revenu a été engagée dès 2002 et poursuivie progressivement, avec une réduction cumulée d'environ 10 % du barème entre 2002 et 2006, dépassant l'objectif initial de 5 %. Le coût budgétaire estimé s'est élevé à environ 3,5 milliards d'euros par an. Les critiques ont souligné que cette baisse a principalement bénéficié aux tranches supérieures et contribué à creuser le déficit public, passé de 3,2 % du PIB en 2002 à 2,9 % en 2006, sans atteindre l'objectif de retour à l'équilibre.
Réformer le système de retraites pour garantir sa pérennité face au choc démographique
La réforme Fillon du 21 août 2003 constitue la première réforme structurelle des retraites depuis 1993. Elle a aligné progressivement la durée de cotisation du secteur public (de 37,5 à 40 annuités) sur le privé, instauré un mécanisme d'indexation de la durée de cotisation sur l'espérance de vie, créé la surcote et la décote, et mis en place le régime de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP). Adoptée malgré d'importantes manifestations (plus d'un million de personnes le 13 mai 2003), elle a contribué à réduire le déficit projeté des régimes sans toutefois le résorber totalement. Le COR a estimé qu'elle couvrait environ un tiers du besoin de financement à l'horizon 2020.
Défendre une politique étrangère indépendante et refuser toute guerre non autorisée par l'ONU
L'opposition à la guerre d'Irak en 2003, incarnée par le discours de Dominique de Villepin à l'ONU le 14 février 2003 et la menace de veto français au Conseil de sécurité, représente un moment diplomatique majeur du quinquennat. Chirac a maintenu cette position malgré une intense pression américaine, provoquant une crise franco-américaine sans précédent depuis de Gaulle. Rétrospectivement, l'absence d'armes de destruction massive en Irak et le chaos post-intervention ont validé l'analyse française. Cette décision a renforcé la crédibilité diplomatique de la France et sa popularité dans le monde arabe et les pays en développement. Elle reste le legs international le plus reconnu du second mandat.
Faire ratifier une Constitution européenne pour renforcer l'efficacité et la légitimité démocratique de l'Union
Chirac a soutenu activement le Traité établissant une Constitution pour l'Europe (TCE), négocié sous présidence de Valéry Giscard d'Estaing, et a pris la décision risquée de le soumettre à référendum le 29 mai 2005. Le « Non » l'a emporté avec 54,68 % des voix (participation 69,37 %), infligeant un camouflet historique au président et plongeant l'UE dans une crise institutionnelle de deux ans. Le vote a cristallisé le mécontentement social (chômage, précarité, directive Bolkestein) autant que les réticences européennes. Le TCE a été remplacé par le Traité de Lisbonne (2007), ratifié par voie parlementaire sous Sarkozy, ce que les opposants ont dénoncé comme un contournement de la volonté populaire.
Inscrire la Charte de l'environnement dans la Constitution pour consacrer le principe de précaution
La Charte de l'environnement a été adoptée par le Congrès le 28 février 2005 et intégrée au bloc de constitutionnalité. Portée par la commission Coppens, elle consacre le droit à un environnement sain (art. 1), le devoir de préservation (art. 2), le principe de prévention (art. 3), de réparation (art. 4) et surtout le principe de précaution (art. 5). Ce texte a fait de la France l'un des premiers pays à constitutionnaliser l'environnement. Le Conseil constitutionnel l'a ensuite utilisé dans plusieurs décisions (interdiction du gaz de schiste, 2013). Les critiques ont porté sur le caractère potentiellement paralysant du principe de précaution pour l'innovation et la recherche scientifique.
Garantir l'égalité des droits et des chances pour les personnes handicapées
La loi du 11 février 2005 « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » constitue l'une des réformes sociales majeures du quinquennat. Elle a instauré le droit à compensation du handicap, créé les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), renforcé l'obligation d'accessibilité des bâtiments publics (objectif 2015), imposé la scolarisation en milieu ordinaire, et créé la Prestation de compensation du handicap (PCH). Si l'ambition législative a été saluée unanimement, la mise en œuvre effective a été plus lente que prévu, notamment sur l'accessibilité (échéance 2015 reportée par la suite) et les moyens financiers des MDPH.
Approfondir la décentralisation en transférant de nouvelles compétences aux collectivités territoriales
L'Acte II de la décentralisation a été mis en œuvre par la révision constitutionnelle du 28 mars 2003 (inscription de l'organisation décentralisée de la République à l'article 1er de la Constitution) puis par la loi du 13 août 2004 sur les libertés et responsabilités locales. Les régions ont reçu la gestion des personnels TOS de l'Éducation nationale et des routes nationales d'intérêt local, les départements ont vu leurs compétences sociales renforcées (RMI/RSA). Cependant, les élus locaux ont dénoncé des transferts de charges sans compensations financières suffisantes, alimentant une crise des finances locales. Le principe d'autonomie financière, bien que constitutionnalisé, est resté largement théorique.
Faire de la lutte contre le cancer une priorité nationale avec un plan ambitieux
Le Plan Cancer 2003-2007, annoncé le 24 mars 2003, a mobilisé 1,6 milliard d'euros sur cinq ans autour de 70 mesures. Il a créé l'Institut national du cancer (INCa), généralisé le dépistage organisé du cancer du sein et du cancer colorectal, renforcé la prévention (hausse du prix du tabac de 40 %, interdiction de fumer dans les lieux publics amorcée), amélioré la coordination des soins par les réseaux régionaux de cancérologie, et développé la recherche. Le taux de survie à 5 ans a progressé de manière mesurable. Le Haut Conseil de la santé publique a jugé le bilan « globalement positif » avec 85 % des mesures réalisées ou engagées, tout en notant des inégalités territoriales persistantes.
Renforcer la cohésion sociale et lutter contre l'exclusion par un plan global pour l'emploi et le logement
Le Plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo (loi du 18 janvier 2005) a mobilisé 12,8 milliards d'euros sur cinq ans autour de trois piliers : emploi (contrats d'avenir, contrats d'accompagnement dans l'emploi), logement (programme de 500 000 logements sociaux) et égalité des chances (réussite éducative, apprentissage). Sur l'emploi, le taux de chômage a baissé de 9,8 % en 2005 à 8,0 % en 2007, mais cette amélioration doit aussi à la conjoncture internationale favorable. Sur le logement, les mises en chantier ont augmenté mais l'objectif quantitatif n'a pas été pleinement atteint. Les émeutes de novembre 2005 dans les banlieues ont révélé les limites de la politique de cohésion sociale.
Réduire le déficit public sous la barre des 3 % du PIB et maîtriser la dette
La France a dépassé le seuil de 3 % de déficit en 2002 (3,2 %), 2003 (4,1 %) et 2004 (3,6 %), faisant l'objet d'une procédure de déficit excessif de l'UE. Le retour sous la barre des 3 % n'a été obtenu qu'en 2005 (2,9 %) et maintenu en 2006 (2,3 %). La dette publique est passée de 58,8 % du PIB en 2002 à 64,2 % en 2007, soit une augmentation de 5,4 points. L'objectif de maîtrise n'a donc été que partiellement atteint : le déficit a fini par être contenu grâce à la croissance, mais la dette a continué sa progression tendancielle, alimentée par les baisses d'impôts et les dépenses nouvelles.
Renforcer l'attractivité économique de la France et soutenir l'innovation
Plusieurs mesures ont été prises : création de l'Agence nationale de la recherche (ANR, 2005), lancement des pôles de compétitivité (71 labellisés en 2005), réforme du crédit d'impôt recherche, création d'Oséo pour le financement des PME innovantes. Le rang de la France au classement de compétitivité du World Economic Forum a cependant stagné, passant du 26e rang en 2002 au 18e en 2006 grâce à des améliorations ponctuelles, mais sans transformation structurelle majeure. La part de la R&D dans le PIB est restée stable autour de 2,1 %, en deçà de l'objectif de Lisbonne (3 %). Bilan : des outils créés mais des résultats insuffisants pour combler le retard d'innovation.
Lutter contre l'immigration irrégulière et maîtriser les flux migratoires
Plusieurs lois ont durci la politique migratoire : loi Sarkozy de novembre 2003 (réforme du droit d'asile, éloignement facilité), loi de juillet 2006 relative à l'immigration et l'intégration (contrat d'accueil et d'intégration obligatoire, « immigration choisie vs subie »), création du ministère de l'Immigration sous Sarkozy à Beauvau. Les objectifs chiffrés d'éloignement ont été fixés (25 000 reconduites par an). Dans les faits, le nombre de reconduites effectives est resté en deçà des objectifs et l'immigration légale a continué d'augmenter (environ 200 000 titres de séjour par an). La politique a été critiquée tant par la gauche (atteintes aux droits) que par la droite (insuffisance des résultats).
Engager la France en faveur du développement durable et du protocole de Kyoto
La France a ratifié le protocole de Kyoto (loi du 15 janvier 2004) et s'est engagée à stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990 d'ici 2012. Cet objectif a été atteint, les émissions françaises étant inférieures au plafond fixé. La Stratégie nationale de développement durable (2003-2008) a été adoptée, suivie d'un Plan Climat (2004). Sur le plan international, Chirac a prononcé le célèbre « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » au Sommet de Johannesburg (2002). Toutefois, la politique énergétique a continué de reposer massivement sur le nucléaire sans diversification significative vers les renouvelables, et les émissions du transport ont continué d'augmenter.
Réduire la fracture numérique et développer l'accès au haut débit sur tout le territoire
Le plan RE/SO 2007 (Pour une République numérique dans la Société de l'information), lancé en 2002, a fixé l'objectif d'un accès haut débit pour tous les Français d'ici 2007. Le taux de couverture ADSL est passé de 60 % en 2002 à 98 % en 2007. Le nombre d'abonnés haut débit a été multiplié par cinq, passant de 3 millions à 15 millions. La France est devenue l'un des pays européens les mieux connectés, grâce notamment au dégroupage et à la concurrence entre opérateurs. Cependant, des zones rurales restaient en « zones blanches » et la fibre optique restait embryonnaire.
Réformer l'Éducation nationale pour améliorer le niveau des élèves et réduire l'échec scolaire
La loi Fillon d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école (23 avril 2005) a instauré le « socle commun de connaissances et de compétences », renforcé l'apprentissage des langues vivantes dès le CE1, créé le Conseil supérieur des programmes et les Programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE). Cependant, les résultats PISA 2006 n'ont montré aucune amélioration significative par rapport à 2003. Le nombre de sortants sans qualification est resté autour de 140 000 par an. Les mouvements lycéens et étudiants contre le CPE (2006) ont révélé une jeunesse inquiète. L'objectif de réduction de l'échec scolaire n'a pas été atteint sur le quinquennat.
Réduire le chômage et atteindre le plein emploi à terme
Le taux de chômage a reculé de 8,7 % début 2002 à 8,0 % fin 2007 (au sens du BIT), soit une baisse de 0,7 point. Si cette tendance est positive, elle est restée modeste au regard de l'ambition affichée de « plein emploi ». La croissance économique mondiale favorable (2004-2007) a contribué à la baisse autant que les politiques d'emploi spécifiques. Le chômage des jeunes est resté élevé (autour de 20 %) et la tentative du CPE (Contrat première embauche, 2006) s'est soldée par un retrait humiliant après des manifestations massives. Les contrats aidés ont augmenté sans réduire structurellement la précarité.
Moderniser l'hôpital public et réduire les déserts médicaux
Le Plan Hôpital 2007, lancé en 2003, prévoyait 6 milliards d'euros d'investissements pour moderniser les établissements et la mise en place de la tarification à l'activité (T2A). Si la T2A a effectivement été déployée à partir de 2004 et les investissements engagés, la situation de l'hôpital public ne s'est pas améliorée globalement. Les déserts médicaux se sont aggravés, la densité médicale en zone rurale a continué de baisser, et aucun mécanisme contraignant d'installation n'a été mis en place. L'endettement hospitalier a par ailleurs fortement augmenté (+50 % entre 2003 et 2007). Le bilan est jugé insuffisant par les professionnels de santé.
Assouplir les 35 heures sans les supprimer pour permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus
Sans abroger les 35 heures (promesse du premier mandat non tenue), Chirac a fait adopter plusieurs assouplissements : augmentation du contingent d'heures supplémentaires (loi Fillon 2003), détaxation partielle des heures supplémentaires, accords de branche dérogatoires, monétisation des jours de RTT via le compte épargne-temps. Le régime des 35 heures a été maintenu comme durée légale mais vidé partiellement de sa substance. La durée effective du travail est restée stable autour de 38-39 heures pour les salariés à temps complet. Cette approche pragmatique a satisfait partiellement le patronat sans provoquer de crise sociale majeure sur ce sujet.
Réduire le nombre de fonctionnaires pour alléger les dépenses publiques
Malgré des engagements rhétoriques sur la maîtrise de la masse salariale publique, le nombre de fonctionnaires d'État est resté globalement stable sur le quinquennat (environ 2,5 millions). La politique de non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux n'a été mise en œuvre que de façon très limitée sous Chirac, devenant véritablement la doctrine de Sarkozy avec la RGPP. Les effectifs de la fonction publique territoriale ont même augmenté de 100 000 postes entre 2002 et 2007, conséquence directe des transferts de compétences de la décentralisation. La dépense publique globale est passée de 52,6 % du PIB en 2002 à 52,4 % en 2007, soit une quasi-stabilité.
Maintenir et renforcer le modèle agricole français face à la réforme de la PAC
La France a défendu avec succès le maintien d'une PAC ambitieuse lors de la réforme de 2003 (accord de Luxembourg), obtenant le gel du budget agricole européen jusqu'en 2013 et le découplage partiel des aides plutôt que total. Chirac a également bloqué la libéralisation agricole lors du cycle de Doha à l'OMC, préservant les protections européennes. Au niveau national, la loi d'orientation agricole de 2006 a modernisé le statut d'exploitation et facilité la transmission. La France est restée première puissance agricole européenne. Toutefois, le revenu agricole moyen a stagné et les petites exploitations ont continué de disparaître au rythme de 3 % par an.
Quinquennat : faire de la proximité avec les Français une méthode de gouvernement
Chirac avait promis une présidence « proche des Français » après le choc du 21 avril, s'engageant à prendre en compte le message de défiance envers les élites. Dans les faits, le quinquennat a été marqué par un éloignement croissant entre l'exécutif et l'opinion. La crise des banlieues de novembre 2005 a révélé une fracture sociale béante. Le référendum sur le TCE en 2005 a montré un décalage entre la classe politique et l'électorat populaire. L'affaire Clearstream (2006) a entaché la fin du mandat. Le taux de popularité de Chirac est tombé à 18 % en 2006, l'un des plus bas de la Ve République.
Instaurer un service civil volontaire pour renforcer la cohésion nationale chez les jeunes
Annoncé après les émeutes de 2005, le service civil volontaire a été créé par la loi du 31 mars 2006, allant au-delà de la promesse initiale qui n'évoquait qu'un renforcement du volontariat existant. Le dispositif proposait aux jeunes de 16 à 25 ans des missions d'intérêt général de 6 à 12 mois dans des associations, collectivités ou établissements publics, avec une indemnisation. Bien que l'objectif de 50 000 jeunes n'ait pas été atteint dans l'immédiat (environ 3 000 volontaires la première année), le dispositif a posé les bases du Service civique universel créé par la loi du 10 mars 2010 sous Sarkozy, devenu depuis une politique publique pérenne touchant plus de 150 000 jeunes par an.
Renforcer la politique culturelle et défendre l'exception culturelle française
Chirac a maintenu un discours constant en faveur de la diversité culturelle, aboutissant à la Convention de l'UNESCO sur la diversité des expressions culturelles (2005), succès diplomatique majeur et réel. Cependant, la politique culturelle intérieure a connu un recul budgétaire : le budget du ministère de la Culture est passé de 1,06 % à 0,98 % du budget de l'État entre 2002 et 2007. Le régime des intermittents du spectacle a été réformé de manière restrictive (protocole de 2003), provoquant l'annulation de festivals et une crise durable avec le monde de la culture. Le bilan est donc contrasté : succès diplomatique sur l'exception culturelle, mais recul sur le financement intérieur de la culture.
Données vérifiées — 705 réformes contrôlées
Chaque réforme a été vérifiée via Légifrance, EUR-Lex, le Conseil constitutionnel et Vie-publique.fr. Les sources sont citées individuellement sur chaque fiche. Corrélation ≠ causalité — les analyses contradictoires (pour/contre) sont systématiquement présentées.
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