
19 promesses analysées
Georges Pompidou (UDR) a exercé la présidence de la République du 20 juin 1969 au 2 avril 1974. Sur 19 promesses recensées et classées selon la grille publique de Mémoires de France : 9 tenues, 5 partiellement tenues, 2 non tenues, 1 inversée et 2 dépassées. Ce décompte est mécanique : il applique une grille de classement publiée, il ne constitue ni une note ni un jugement de valeur.
Élection anticipée après la démission de de Gaulle suite à l'échec du référendum d'avril 1969. Pompidou, ancien Premier ministre, l'emporte largement face au centriste Poher, président du Sénat assurant l'intérim. La gauche, divisée, est absente du second tour.
Promesses publiées dans PromesseElection.promesses pour l'élection 1969, incluses selon la grille v1.0.0.
100% des promesses incluses portent au moins une source.
Faire de la France une grande puissance industrielle moderne, capable de rivaliser avec l'Allemagne et le Japon
Pompidou a lancé une politique industrielle ambitieuse avec les « champions nationaux » : Airbus (1970), programme nucléaire civil (plan Messmer 1974), développement des télécommunications, soutien à l'industrie automobile et aéronautique. La croissance industrielle française a été soutenue jusqu'au choc pétrolier de 1973, avec un taux de croissance moyen du PIB de 5,5 % entre 1969 et 1973.
Lancer de grands programmes technologiques et industriels pour assurer l'indépendance économique de la France
Le programme nucléaire civil a été considérablement accéléré avec la décision de passer à la filière à eau pressurisée américaine (Westinghouse/Framatome). Le consortium Airbus a été formalisé en 1970. Le Plan Calcul a été poursuivi pour l'informatique. Le programme TGV a été lancé en 1971 avec les premières études SNCF. Ces grands projets ont structuré l'industrie française pour des décennies.
Bâtir une « nouvelle société » plus juste, fondée sur la participation et le dialogue social
Le projet de « Nouvelle Société » a été porté par le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas (1969-1972), avec la politique contractuelle, les contrats de progrès dans le secteur public et la mensualisation des ouvriers. Cependant, Pompidou a désavoué Chaban-Delmas en 1972 et remplacé par Pierre Messmer, marquant un retour à une ligne plus conservatrice. Le projet a donc été partiellement réalisé avant d'être abandonné politiquement.
Favoriser l'entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne
Rompant avec le double veto de De Gaulle (1963, 1967), Pompidou a levé l'opposition française à l'adhésion britannique dès le sommet de La Haye en décembre 1969. Après des négociations, le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark ont adhéré à la CEE le 1er janvier 1973. Le référendum français du 23 avril 1972 sur l'élargissement a été approuvé à 68,3 %, bien que l'abstention ait été massive (39,5 %).
Poursuivre et renforcer la force de dissuasion nucléaire française
Pompidou a maintenu et développé la triade nucléaire française : poursuite des essais dans le Pacifique (Mururoa), mise en service des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la classe Le Redoutable (premier tir opérationnel en 1972), modernisation des Mirage IV. Le budget de la défense est resté prioritaire, consolidant l'indépendance stratégique voulue par de Gaulle.
Moderniser Paris et en faire une capitale à la hauteur des ambitions françaises
Pompidou a personnellement impulsé la création du Centre national d'art et de culture qui portera son nom (décision en 1969, ouverture posthume en 1977). Il a également soutenu la transformation de Paris avec la voie express sur les berges de la Seine, le déménagement des Halles, la tour Montparnasse (inaugurée en 1973). Sa vision moderniste a profondément transformé le paysage urbain parisien.
Développer le réseau autoroutier français pour désenclaver les régions
Le réseau autoroutier français a connu une expansion spectaculaire sous Pompidou : de 1 550 km en 1969 à plus de 3 500 km en 1974, soit un doublement en cinq ans. Le programme a largement dépassé les objectifs initiaux grâce au système de concessions autoroutières et au financement par péage. Cette politique du « tout-autoroute » sera plus tard critiquée pour ses conséquences environnementales, mais a effectivement désenclavé de nombreuses régions.
Construire massivement des logements pour répondre à la crise du logement
La construction de logements a atteint des niveaux records sous Pompidou, avec plus de 500 000 logements construits par an au début des années 1970 (record historique de 556 000 en 1973). Les grands ensembles ont continué à être édifiés, ainsi que les villes nouvelles en Île-de-France (Cergy-Pontoise, Évry, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin-en-Yvelines, Sénart). La circulaire Guichard de 1973 a cependant amorcé la fin des grands ensembles.
Mensualiser les salaires des ouvriers et améliorer leurs conditions de travail
La mensualisation des salaires ouvriers, engagement clé de la politique de « Nouvelle Société », a été largement réalisée. L'accord national interprofessionnel du 10 décembre 1977 a généralisé la mensualisation, mais le mouvement était déjà très avancé sous Pompidou grâce aux contrats de progrès et accords d'entreprise. En 1969, seuls 30 % des ouvriers étaient mensualisés ; en 1974, la proportion atteignait déjà 70 %.
Moderniser l'agriculture française et accompagner l'exode rural
La modernisation agricole s'est accélérée sous Pompidou avec les lois d'orientation, les indemnités viagères de départ (IVD) pour les exploitants âgés, et le remembrement. La politique agricole commune (PAC) a soutenu les prix et les revenus. Le nombre d'exploitations a continué à diminuer fortement (de 1,6 million en 1970 à 1,3 million en 1975), tandis que la productivité augmentait. La France est devenue le premier exportateur agricole européen.
Développer la formation professionnelle continue pour tous les salariés
La loi du 16 juillet 1971 sur la formation professionnelle continue (loi Delors) a créé un droit à la formation pour tous les salariés et instauré l'obligation pour les entreprises de contribuer au financement de la formation (0,8 % de la masse salariale, porté ensuite à 1,1 %). Cette loi fondatrice a dépassé les engagements initiaux en créant un système unique en Europe, toujours en vigueur dans ses principes fondamentaux.
Maintenir la stabilité monétaire et la valeur du franc
Malgré les intentions affichées, l'inflation s'est accélérée sous Pompidou, passant de 6,5 % en 1969 à 7,3 % en 1973 puis 13,7 % en 1974 après le choc pétrolier. Le franc a été dévalué de fait avec la fin du système de Bretton Woods (août 1971) et le passage aux changes flottants (mars 1973). La politique de « stop and go » de Giscard d'Estaing aux Finances n'a pas réussi à juguler les tensions inflationnistes.
Réformer l'ORTF et moderniser l'audiovisuel public français
Loin de libéraliser l'audiovisuel, Pompidou a maintenu un contrôle étroit sur l'ORTF. Sa célèbre formule « l'ORTF, c'est la voix de la France » illustre sa conception du service public comme instrument gouvernemental. Les journalistes contestataires ont été écartés, et la tutelle politique est restée forte. La réforme de l'ORTF n'interviendra qu'après sa mort, avec l'éclatement en sept sociétés en 1974 sous Giscard. La promesse de modernisation s'est transformée en contrôle renforcé.
Garantir la continuité de la politique d'indépendance nationale héritée du général de Gaulle
Pompidou a maintenu les grands axes gaulliens : indépendance nucléaire, non-réintégration dans le commandement intégré de l'OTAN, relations privilégiées avec le monde arabe et l'Afrique. Cependant, il a assoupli la posture vis-à-vis des États-Unis et accepté l'élargissement européen, ce qui constituait des inflexions significatives par rapport à l'orthodoxie gaulliste. La « fidélité dans l'adaptation » résume sa ligne.
Améliorer la protection sociale et étendre la couverture santé des Français
Des avancées significatives ont été réalisées : création de l'allocation aux adultes handicapés (AAH, envisagée sous Pompidou mais votée en 1975), amélioration du minimum vieillesse, extension de la Sécurité sociale aux non-salariés. Cependant, le déficit croissant de la Sécurité sociale a conduit à des mesures de restriction dès 1971-1972 et les réformes structurelles sont restées limitées face à l'augmentation des dépenses de santé.
Développer le programme nucléaire civil pour assurer l'indépendance énergétique de la France
Pompidou a pris la décision stratégique d'abandonner la filière graphite-gaz française au profit de la filière à eau pressurisée américaine, plus performante. Le premier choc pétrolier d'octobre 1973 a confirmé la pertinence de ce choix et conduit au « plan Messmer » de mars 1974, prévoyant la construction de 13 réacteurs. Bien que le plan ait été formalisé après sa mort, c'est bien Pompidou qui a posé les bases de l'indépendance énergétique nucléaire française.
Appliquer une politique d'aménagement du territoire pour réduire le déséquilibre Paris-province
La DATAR, créée en 1963, a poursuivi son action sous Pompidou avec les métropoles d'équilibre, les villes nouvelles, et la décentralisation industrielle. Cependant, les résultats ont été mitigés : la concentration parisienne a continué de croître malgré les efforts de rééquilibrage. Les villes nouvelles d'Île-de-France ont surtout renforcé l'agglomération parisienne plutôt que de la contrebalancer. La politique d'aménagement n'a que partiellement atteint ses objectifs.
Lutter contre la pollution et protéger l'environnement dans le cadre de la croissance industrielle
Pompidou a créé le premier ministère de l'Environnement en janvier 1971, confié à Robert Poujade (surnommé « ministre de l'impossible »). La loi du 16 décembre 1964 sur l'eau a été complétée par des textes sur les installations classées. Cependant, la priorité absolue donnée à l'industrialisation et au réseau autoroutier a souvent contredit les ambitions environnementales. Le bilan reste celui d'une prise de conscience institutionnelle sans véritable inflexion des politiques de développement.
Assurer le plein emploi et maintenir un taux de chômage bas
Le chômage est resté relativement bas jusqu'en 1973 (environ 2,5 % de la population active), mais a commencé à augmenter significativement après le choc pétrolier d'octobre 1973. Le nombre de demandeurs d'emploi est passé de 300 000 en 1969 à plus de 500 000 fin 1974. Bien que la rupture principale soit liée au choc pétrolier, les restructurations industrielles et la fin de la croissance des Trente Glorieuses avaient déjà fragilisé le marché de l'emploi. Le mandat de Pompidou marque le début de la montée structurelle du chômage.
Données vérifiées — 705 réformes contrôlées
Chaque réforme a été vérifiée via Légifrance, EUR-Lex, le Conseil constitutionnel et Vie-publique.fr. Les sources sont citées individuellement sur chaque fiche. Corrélation ≠ causalité — les analyses contradictoires (pour/contre) sont systématiquement présentées.
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