StructuranteDécretÉconomie & Finances

Tournant de la rigueur — Choix du maintien dans le SME et de l'austérité

Abandon de la politique de relance keynésienne au profit de l'austérité budgétaire et du franc fort : moment pivot du premier septennat.

Rattachement présidentiel : François Mitterrand
Gouvernement de rattachement : Pierre Mauroy

Initiative politique : non documentée

⚠️ Le rattachement à un président et à un gouvernement situe la décision dans le corpus. Il ne permet pas, à lui seul, d’identifier qui l’a initiée.

Comment l’initiative est-elle établie ?
Sans promesse préalable

Description

Le « tournant de la rigueur » de mars 1983 constitue le moment pivot du premier septennat Mitterrand et l'un des tournants majeurs de l'histoire économique et politique française du XXe siècle. Face à trois dévaluations en 18 mois, un déficit commercial record, une inflation persistante et la fuite des capitaux, Mitterrand doit trancher entre deux options radicalement opposées. La première, défendue par Pierre Bérégovoy, Jacques Delors et Laurent Fabius, prône le maintien dans le Système Monétaire Européen et l'adoption d'une politique d'austérité. La seconde, portée par Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe et une partie du PS, préconise la sortie du SME, le protectionnisme temporaire et la poursuite de la relance. Mitterrand choisit la première option le 23 mars 1983. Ce choix marque l'abandon définitif du programme économique de la gauche (nationalisations, relance keynésienne, rupture avec le capitalisme) au profit d'une politique de rigueur budgétaire, de désinflation compétitive et d'ancrage européen. Il redéfinit durablement l'identité économique de la gauche française et prépare la construction de l'union économique et monétaire européenne.

Contexte

Après 18 mois de politique de relance « dans un seul pays », les indicateurs économiques sont au rouge : trois dévaluations, déficit commercial de 93 milliards de francs, inflation à 9,3 %, chômage en hausse. Le débat fait rage au sommet de l'État entre partisans de la rigueur et partisans de la rupture avec le SME.

Chaîne d'impact

Réforme

Tournant de la rigueur

mars 1983

Chaînage législatif

Effets mesurés

Effets positifs

3

Effets négatifs

2
  • Poursuite de la hausse du chômage qui atteint 2,5 millions en 1985, la rigueur ne créant pas d'emplois

    Demandeurs d'emploi catégorie A
    2000000 personnes2500000 personnes
  • Trahison ressentie par l'électorat de gauche : le programme de rupture est abandonné, la politique menée devient indiscernable de celle que pourrait mener la droite modérée

    Fiabilité hauteMesure : 1984-06-01Élections européennes : résultats des scrutins depuis 1979 (scrutin du 17 juin 1984) agent en recherche

Effets de bord

2
  • Redéfinition durable de la gauche française : abandon du keynésianisme, acceptation de l'économie de marché, conversion à la construction européenne. La gauche de gouvernement ne reviendra jamais à une politique de rupture anticapitaliste.

    Fiabilité hauteMesure : 1988-01-01Alain Bergounioux et Gérard Grunberg — L'Ambition et le Remords : les socialistes français et le pouvoir, 1905-2005 — Fayard, 2005 · ISBN 2-213-62104-7 · notice référence bibliographique
  • Montée électorale du Front national, qui profite du désenchantement populaire face à l'abandon des promesses de la gauche

Analyses contradictoires

Pour

Le tournant de la rigueur a sauvé la France du chaos économique. En mars 1983, le franc était au bord de l'effondrement, les réserves de change épuisées, l'inflation à 9,3 % et le déficit commercial à 93 milliards de francs. La sortie du SME aurait provoqué une spirale de dévaluations, une inflation à deux chiffres et l'isolement diplomatique de la France. Le choix européen de Mitterrand a été visionnaire : sans ce virage, ni l'Acte unique, ni Maastricht, ni l'euro n'auraient été possibles. En trois ans, l'inflation est tombée à 2,7 %, restaurant la crédibilité financière de la France.

MédiaMémoires(centre)

Contre

Le tournant de la rigueur constitue la trahison originelle de la gauche de gouvernement. Les électeurs de 1981 avaient voté pour la « rupture avec le capitalisme », ils ont obtenu l'austérité budgétaire et la soumission à la Bundesbank. La sortie du SME, préconisée par Chevènement, aurait permis une dévaluation compétitive, le rétablissement du contrôle des capitaux et une politique industrielle autonome. Au lieu de cela, le chômage est passé de 2 à 2,5 millions sous la rigueur, les classes populaires ont été sacrifiées sur l'autel de la construction européenne, et la gauche a perdu son identité économique pour les décennies suivantes.

Chaînage législatif

Modifie les réformes suivantes

Sources

  • [1]

    Pierre Favier et Michel Martin-Roland — La Décennie Mitterrand, tome 1 : 1981-1984 — Éditions du Seuil, 1990 · ISBN 2-02-010329-X · notice référence bibliographique

    MédiaPierre Favier et Michel Martin-Roland
  • [2]

    Pierre-Alain Muet, Alain Fonteneau — La gauche face à la crise — Presses de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), 1985, 389 p. · ISBN 9782724605174 référence bibliographique

    Source académiqueBiais : centre-gauchePierre-Alain Muet, Alain Fonteneau
  • [3]

    Jacques Attali — Verbatim, tome 1 : 1981-1986 — Fayard, 1993, 957 p. · ISBN 978-2-213-01928-4 référence bibliographique

    MédiaBiais : centre-gaucheJacques Attali
Données disponibles (8/9)
2+ sourcesSource avec lienEffets positifsEffets négatifsAnalyse pourAnalyse contrePromesse tracéeChaînage législatifTexte officiel

Source de vérification : Vie-publique.fr

727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources