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Décentralisation — Loi Defferre sur les droits et libertés des collectivités territoriales

Suppression de la tutelle préfectorale, transfert de compétences aux régions, départements et communes : la plus grande réforme territoriale depuis 1789.

Rattachement présidentiel : François Mitterrand
Gouvernement de rattachement : Pierre Mauroy

Initiative politique : présidentielle

Acteurs et rôles documentés : François Mitterrand (président de la République), Gaston Defferre (ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation).

La Documentation française relie les lois Defferre à la proposition de campagne de Mitterrand. Le ministère décrit séparément la préparation du projet de 1981 par Defferre, devenu la loi du 2 mars 1982.

Attribution revue le 2026-10-12.

Comment l’initiative est-elle établie ?
Promesse tenue

Description

La loi du 2 mars 1982, dite loi Defferre du nom du ministre de l'Intérieur Gaston Defferre, est considérée comme la plus importante réforme institutionnelle de la Ve République après la Constitution de 1958. Elle opère une transformation radicale de l'organisation administrative française selon trois axes majeurs. Premièrement, la suppression de la tutelle administrative a priori du préfet sur les actes des collectivités territoriales, remplacée par un contrôle de légalité a posteriori exercé par le tribunal administratif. Deuxièmement, le transfert de l'exécutif départemental du préfet au président du conseil général. Troisièmement, l'érection de la région en collectivité territoriale de plein exercice, dotée d'un conseil régional élu au suffrage universel direct (à partir de 1986). Les lois complémentaires du 7 janvier et du 22 juillet 1983 organisent le transfert de compétences (urbanisme, action sociale, formation professionnelle, transports scolaires, lycées aux régions, collèges aux départements) et les compensations financières correspondantes.

Contexte

La France est depuis Napoléon un État extrêmement centralisé. Le préfet exerce une tutelle directe sur les actes des collectivités. La décentralisation est une revendication ancienne, portée tant par la gauche que par certains gaullistes (de Gaulle l'avait proposée au référendum de 1969).

Parcours institutionnel

Navette Assemblée — Sénat

  • Première chambre saisie : Assemblée nationale
  • Lectures : 6
  • Durée dépôt → promulgation : 229 jours
  • Commission mixte paritaire : réunie, accord
  • Accord en commission mixte paritaire
  • Dossier législatif (senat.fr)

Conseil constitutionnel

Saisine : 60 députés · 60 sénateurs

25 février 1982Censure partielle

La couche institutionnelle est décrite dans Institutions.

Texte officiel consolidé

Vérifié le 13 avril 2026
Identifiant Légifrance
LEGITEXT000006068736_24-03-1982
Publication au JORF
03 mars 1982
Consulter sur LégifranceSource opposable · PISTE / DILA

Chaîne d'impact

Réforme

Loi Defferre / Décentralisation

mars 1982

Chaînage législatif

2003approfondissement

La révision constitutionnelle du 28 mars 2003 inscrit la décentralisation dans la Constitution (article 1er) et renforce l'autonomie financière des collectivités.

→ (fiche non identifiée)
2015réorganisation

La loi NOTRe redéfinit les compétences régionales et crée les grandes régions fusionnées.

→ (fiche non identifiée)

Schéma récurrent — 5 tentatives

Des réformes similaires ont été tentées à d'autres époques

Promesse d'origine

« Mettre en œuvre une décentralisation effective donnant aux collectivités des compétences et des ressources propres (110 propositions) »

Source : Programme des 110 propositions pour la France, 1981

Écart entre promesse et réalisation

Promesse fidèlement tenue et même dépassée dans son ambition. La décentralisation est considérée comme l'Acte I d'un processus poursuivi en 2003 (Acte II, Raffarin) et 2015 (loi NOTRe).

Effets mesurés

Effets positifs

2
  • Rapprochement de la décision publique des citoyens et dynamisation des territoires

    Fiabilité hauteMesure : 1986-03-01Vie publique — La décentralisation, Acte I
  • Émergence des régions comme acteurs politiques et économiques majeurs, notamment en matière de développement économique et de formation professionnelle

    Fiabilité hauteMesure : 1990-01-01Cour des comptes — La conduite par l'État de la décentralisation agent en recherche

Effets négatifs

2
  • Multiplication des niveaux administratifs (commune, intercommunalité, département, région, État) créant un « millefeuille territorial » source de complexité et de surcoûts

    Fiabilité hauteMesure : 2000-01-01Comité pour la réforme des collectivités locales (présidé par Édouard Balladur) — Il est temps de décider — Rapport au Président de la République du Comité pour la réforme des collectivités locales agent en recherche
  • Hausse de la fiscalité locale et des effectifs de la fonction publique territoriale (de 1,1 million en 1982 à 1,9 million en 2020)

    Effectifs fonction publique territoriale
    1100000 agents1900000 agents

Effets de bord

2
  • Accroissement des inégalités territoriales, les collectivités les plus riches disposant de marges de manœuvre bien supérieures aux plus pauvres malgré les mécanismes de péréquation

  • La décentralisation a favorisé l'émergence de baronnies locales et le développement du cumul des mandats, permettant à des élus de concentrer un pouvoir considérable au niveau territorial tout en siégeant au Parlement. Ce phénomène, dénoncé comme un « système notabiliaire », a contribué à la professionnalisation de la classe politique locale et à l'éloignement entre les élus et les citoyens. Il a fallu attendre la loi de 2014 sur le non-cumul des mandats, entrée en vigueur en 2017, pour commencer à limiter cette dérive institutionnelle qui avait été un effet imprévu majeur de la décentralisation Defferre.

    Fiabilité hauteMesure : 2014Laurent Bach — Faut-il abolir le cumul des mandats ? — Éditions Rue d'Ulm (coll. Collection du CEPREMAP n° 27), 2012, 123 p. p. · ISBN 978-2-7288-0476-4 · notice référence bibliographique

Analyses contradictoires

Pour

La décentralisation est la plus grande réforme institutionnelle de la Ve République. En supprimant la tutelle préfectorale napoléonienne, elle a libéré les énergies territoriales et rapproché la décision publique des citoyens. Les régions sont devenues des acteurs économiques majeurs, pilotant la formation professionnelle, le développement économique et les lycées. La qualité des équipements publics locaux (médiathèques, piscines, transports urbains) s'est spectaculairement améliorée. Les élus locaux, responsables devant leurs électeurs, se sont révélés plus réactifs et innovants que l'administration centrale parisienne.

Contre

La décentralisation a créé un millefeuille administratif ruineux : communes, intercommunalités, départements, régions et État se chevauchent dans un enchevêtrement de compétences illisible pour le citoyen. La fonction publique territoriale a explosé de 1,1 à 1,9 million d'agents, sans que les effectifs de l'État central ne diminuent significativement. La fiscalité locale a augmenté de 35 % en euros constants entre 1982 et 2010. Les doublons de compétences et le « tourisme institutionnel » des élus locaux cumulards ont engendré des surcoûts considérables, estimés à 20 milliards d'euros par an par la Cour des comptes.

Chaînage législatif

Modifiée par

  • approfondissement
    acte-2-decentralisation-raffarin-2003 (fiche non identifiée)

    La révision constitutionnelle du 28 mars 2003 inscrit la décentralisation dans la Constitution (article 1er) et renforce l'autonomie financière des collectivités.

  • réorganisation
    loi-notre-2015 (fiche non identifiée)

    La loi NOTRe redéfinit les compétences régionales et crée les grandes régions fusionnées.

Sources

Données disponibles (9/9)
Texte officiel2+ sourcesSource avec lienEffets positifsEffets négatifsAnalyse pourAnalyse contrePromesse tracéeChaînage législatif

Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel

727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources