Réduction de la durée légale du travail à 39 heures
Passage de la durée légale hebdomadaire du travail de 40 à 39 heures sans diminution de salaire.
Initiative politique : présidentielle
Acteurs et rôles documentés : François Mitterrand (programme de 1981), Gouvernement Mauroy (mise en œuvre).
La source rattache explicitement cette mesure aux 110 propositions, mises en œuvre par Mauroy.
- Biographie officielle — Pierre Mauroy
passage aux 39 heures de travail hebdomadaire
Attribution revue le 2026-10-11.
Description
L'ordonnance du 16 janvier 1982 réduit la durée légale du travail de 40 à 39 heures hebdomadaires, sans perte de rémunération. C'est la première réduction du temps de travail depuis le passage de 48 à 40 heures en 1936 sous le Front populaire. La mesure s'applique à l'ensemble des salariés à compter du 1er février 1982. Elle vise à la fois à améliorer les conditions de vie des travailleurs et à favoriser le partage du travail dans un contexte de montée du chômage. Le gouvernement estime que la mesure pourrait créer entre 100 000 et 150 000 emplois par effet de partage du travail. Le patronat (CNPF) s'y oppose vigoureusement, invoquant un alourdissement du coût du travail. L'impact réel sur l'emploi restera faible, les entreprises compensant largement par des gains de productivité.
Contexte
Le chômage dépasse 1,5 million de personnes en 1981. La réduction du temps de travail est un engagement historique de la gauche depuis le XIXe siècle, le passage à 40 heures de 1936 ayant été le dernier jalon.
Texte officiel consolidé
Vérifié le 13 avril 2026- Identifiant Légifrance
- LEGITEXT000006069332_01-02-1982
- Publication au JORF
- 01 février 1982
Chaîne d'impact
Réforme
Semaine de 39 heures
janvier 1982
Chaînage législatif
La loi Aubry de 2000 poursuit la réduction en passant à 35 heures.
Promesse d'origine
« Réduire la durée légale du travail à 35 heures pendant le septennat, avec une première étape à 39 heures »
Source : Programme des 110 propositions pour la France, 1981
Écart entre promesse et réalisation
La première étape à 39 heures est atteinte. L'objectif des 35 heures ne sera pas réalisé sous Mitterrand mais le sera sous Jospin en 2000.
Effets mesurés
Effets positifs
1Amélioration des conditions de vie de millions de salariés avec une heure de travail hebdomadaire en moins sans perte de salaire
Fiabilité hauteMesure : 1982-02-01INSEE / DARES — Les effets de la RTT sur l'emploi : des estimations ex ante aux évaluations ex post (Économie et Statistique n°376-377)
Effets négatifs
2Effet sur l'emploi très inférieur aux estimations gouvernementales : entre 20 000 et 40 000 créations nettes, loin des 100 000-150 000 annoncés
Fiabilité moyenneMesure : 1984-01-01Bruno Crépon, Francis Kramarz — Réduction du temps de travail et emploi : quelques leçons du passage aux 39 heures de 1982Hausse du coût horaire du travail estimée à 2,5 %, pesant sur la compétitivité des entreprises
Fiabilité moyenneMesure : 1982-12-01CNPF (Michel Maury-Laribière) — Interview de Michel Maury-Laribière, vice-président du CNPF, sur l'ordonnance sur la durée du travail (39 heures) et la situation des entreprises agent en recherche
Effets de bord
2La réduction de 40 à 39 heures a ouvert un débat structurant sur le partage du temps de travail qui a profondément marqué la vie politique et économique française. En posant le principe que la durée légale du travail pouvait être réduite sans effondrement économique, elle a rendu intellectuellement possible et politiquement envisageable le passage aux 35 heures sous le gouvernement Jospin en 2000, prolongeant un mouvement séculaire de réduction du temps de travail qui distingue la France de la plupart de ses partenaires européens.
Fiabilité hauteMesure : 2000-01INSEE — Les effets de la RTT sur l'emploi : des simulations ex ante aux évaluations ex postLes entreprises ont compensé la réduction horaire essentiellement par l'intensification du travail et l'accélération de l'automatisation, plutôt que par des embauches. Ce mécanisme de substitution capital-travail a accéléré la modernisation productive de certains secteurs mais a aussi renforcé la pression sur les salariés restants, contribuant à l'émergence des problématiques de stress au travail et de burn-out qui deviendront un enjeu de santé publique dans les décennies suivantes.
Fiabilité moyenneMesure : 1985Service des études et de la statistique du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle (SES) — Bilan en 1984 des conditions de travail agent en recherche
Analyses contradictoires
Pour
La réduction de la durée légale de 40 à 39 heures sans perte de salaire s'inscrit dans le mouvement séculaire de progrès social qui accompagne les gains de productivité. La productivité horaire du travail ayant été multipliée par quatre depuis 1936, il est légitime que les travailleurs bénéficient d'une partie de ces gains sous forme de temps libre. La mesure a amélioré les conditions de vie de millions de salariés et a envoyé un signal fort de redistribution des richesses. Si l'impact sur l'emploi est resté modeste, la RTT a contribué à réduire la pénibilité du travail dans l'industrie et les services, à une époque où le travail posté et le travail de nuit concernaient encore des millions de Français.
Contre
La réduction autoritaire du temps de travail à 39 heures a augmenté le coût horaire du travail de 2,5 % d'un seul coup, pénalisant la compétitivité des entreprises françaises face à leurs concurrentes européennes. L'effet sur l'emploi a été dérisoire — entre 20 000 et 40 000 emplois créés, loin des 100 000 à 150 000 annoncés — les entreprises ayant compensé par l'intensification du travail et l'automatisation plutôt que par l'embauche. En pleine période d'inflation et de désindustrialisation naissante, cette mesure a ajouté un fardeau supplémentaire sur le tissu productif français, contribuant à la dégradation de la balance commerciale et à la perte de parts de marché à l'exportation.
Chaînage législatif
Modifiée par
- approfondissement35-heures-aubry-2000 (fiche non identifiée)
La loi Aubry de 2000 poursuit la réduction en passant à 35 heures.
Sources
Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel
727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources