Dissolution de l'Assemblée nationale — 30 mai 1968
Dissolution de l'Assemblée par de Gaulle pour reprendre l'initiative face à Mai 68, suivie d'une victoire gaulliste écrasante.
Initiative politique : non documentée
⚠️ Le rattachement à un président et à un gouvernement situe la décision dans le corpus. Il ne permet pas, à lui seul, d’identifier qui l’a initiée.
Comment l’initiative est-elle établie ?Description
Le 30 mai 1968, après un déplacement secret à Baden-Baden pour s'assurer du soutien du général Massu et de l'armée, le général de Gaulle prononce une allocution radio de quatre minutes dans laquelle il annonce la dissolution de l'Assemblée nationale. Il refuse de se retirer, dénonce « l'intimidation, l'intoxication et la tyrannie exercées par des groupes organisés de longue main » et appelle les Français à l'action civique. Ce discours, suivi immédiatement d'une manifestation massive de soutien sur les Champs-Élysées réunissant entre 500 000 et un million de personnes, retourne spectaculairement la situation politique. Les élections législatives des 23 et 30 juin 1968 donnent au camp gaulliste (UDR) la victoire la plus écrasante de l'histoire de la Ve République : 354 sièges sur 487, une majorité absolue sans précédent. Paradoxalement, de Gaulle remplace Pompidou — artisan de la résolution de la crise — par Maurice Couve de Murville le 10 juillet 1968.
Contexte
Fin mai 1968, la France est paralysée par la grève générale. Le président Mitterrand se déclare candidat à la présidence. L'idée d'un gouvernement provisoire est évoquée. De Gaulle semble prêt à partir — il disparaît le 29 mai, créant un vide de pouvoir de 24 heures. Son allocution du 30 mai renverse le cours des événements.
Texte officiel consolidé
Vérifié le 19 septembre 2026- Identifiant Légifrance
- JORFTEXT000000329358
Chaîne d'impact
Réforme
Dissolution de l'Assemblée (Mai 68)
mai 1968
Aucun effet de bord documenté
Mouvements sociaux
Réaction de la société civile à cette réforme
Mai 68
1968-05-03 — 1968-06-30 (58 jours)
Cause
Crise sociale et culturelle généralisée — revendications salariales, démocratie universitaire, libération des mœurs
Plus grande grève générale de l'histoire de France. Partie des universités, étendue à toute l'économie. Accords de Grenelle (+35% SMIG, section syndicale). Dissolution de l'Assemblée, victoire gaulliste aux législatives.
Justification débattue
Débattu. Les revendications salariales étaient réelles (SMIG en retard sur la croissance), mais le mouvement a aussi servi de levier à des revendications politiques et culturelles qui dépassaient le cadre du travail. Les accords de Grenelle ont coûté l'équivalent de 4 points de PIB et ont contribué à l'inflation des années 1970. Le PIB/habitant français, supérieur à celui de l'Allemagne avant 1968, a commencé à décrocher après — corrélation, pas causalité prouvée.
Source : INSEE — Évolution du SMIG/SMIC, séries historiques
Effets mesurés
Effets positifs
3Rétablissement de l'ordre constitutionnel et résolution démocratique de la crise de Mai 68 par les urnes
Fiabilité hauteMesure : 1968-06-30Décret du 30 mai 1968 portant dissolution de l'Assemblée nationale agent en rechercheVictoire gaulliste historique avec 354 sièges sur 487 (72,7 %), démontrant le soutien populaire au régime malgré la crise
Sièges gaullistes244 sièges354 siègesFin de la grève générale et reprise progressive de l'activité économique dans les semaines suivantes
Fiabilité hauteMesure : 1968-06-15Lumni / INA — Le lent dégel sur le front des grèves en juin 1968 (fiche média)
Effets négatifs
2Remplacement de Pompidou par Couve de Murville malgré la victoire électorale, perçu comme une ingratitude politique et fragilisant la légitimité du nouveau gouvernement
Fiabilité hauteMesure : 1968-07-10Georges Pompidou — Pour rétablir une vérité — Flammarion, 1982, 298 p. · ISBN 9782082339735 référence bibliographiqueÉcrasement électoral de la gauche et du centre créant une Assemblée monocolore, affaiblissant le pluralisme parlementaire
Analyses contradictoires
Pour
La dissolution est un coup de génie politique qui restaure la démocratie représentative : plutôt que la répression armée, de Gaulle choisit les urnes. Le peuple français tranche souverainement et confirme massivement son attachement à la République gaulliste. C'est la preuve que la Ve République peut surmonter les crises les plus graves par les moyens constitutionnels. [Données factuelles : Victoire gaulliste historique avec 354 sièges sur 487 (72,7 %), démontrant le soutien populaire au régime malgré la crise : 244 → 354 sièges.]
Contre
La dissolution instrumentalise la peur pour transformer une crise sociale légitime en enjeu sécuritaire. Le voyage secret à Baden-Baden montre un pouvoir prêt à recourir à l'armée. L'Assemblée « introuvable » de juin 1968 étouffe toute voix d'opposition. De Gaulle gagne les élections mais ne résout rien : les aspirations de Mai 68 restent sans réponse, et le régime s'effondrera moins d'un an plus tard au référendum d'avril 1969.
Sources
- [1]
Charles de Gaulle — Allocution radiodiffusée du général de Gaulle, 30 mai 1968, palais de l'Élysée
Source officielleBiais : institutionnelCharles de Gaulle - [2]
Les élections législatives des 23 et 30 juin 1968
Source officielleBiais : institutionnel
727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources