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Accords de Grenelle — Protocole d'accord entre gouvernement, patronat et syndicats

Négociations tripartites aboutissant à une hausse du SMIC de 35 %, des augmentations de salaires de 10 %, et des avancées syndicales majeures.

Rattachement présidentiel : Charles de Gaulle
Gouvernement de rattachement : Georges Pompidou

Initiative politique : gouvernementale

Acteurs et rôles documentés : Georges Pompidou (Premier ministre), Partenaires sociaux (négociateurs des accords).

Pompidou, alors Premier ministre, est explicitement présenté comme l’acteur à l’origine des accords de Grenelle ; les syndicats et le patronat en négocient le contenu.

Attribution revue le 2026-10-12.

Comment l’initiative est-elle établie ?
Sans promesse préalable

Description

Les accords de Grenelle, négociés les 25, 26 et 27 mai 1968 au ministère des Affaires sociales (rue de Grenelle) entre le gouvernement (Georges Pompidou, Jacques Chirac secrétaire d'État à l'Emploi), le patronat (CNPF) et les confédérations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC), constituent le volet social de la résolution de la crise de Mai 68. Les mesures principales sont : hausse du SMIG de 35 % (de 2,22 F à 3,00 F de l'heure), augmentation générale des salaires de 10 % en deux tranches (7 % au 1er juin, 3 % au 1er octobre), engagement de réduire la durée du travail vers 40 heures, paiement partiel des jours de grève, et reconnaissance de la section syndicale d'entreprise. Le protocole n'est pas formellement signé — la CGT le rejette car la base ouvrière le juge insuffisant — mais ses dispositions sont appliquées par voie réglementaire et législative dans les mois suivants. Ces accords marquent la plus grande hausse du pouvoir d'achat ouvrier depuis la Libération.

Contexte

Mai 1968 : le mouvement étudiant démarré à Nanterre début mai se transforme en grève générale à partir du 13 mai. Dix millions de travailleurs cessent le travail, la France est paralysée. De Gaulle semble dépassé. Pompidou, rappelé d'un voyage officiel en Afghanistan, prend en main les négociations et réunit patronat et syndicats rue de Grenelle. La négociation dure trois jours et trois nuits.

Chaîne d'impact

Réforme

Accords de Grenelle

mai 1968

Mouvements sociaux

Réaction de la société civile à cette réforme

Mai 68

1968-05-03 — 1968-06-30 (58 jours)

Compromis
historique10 millions de grévistes
CGTCFDTFOUNEF

Cause

Crise sociale et culturelle généralisée — revendications salariales, démocratie universitaire, libération des mœurs

Plus grande grève générale de l'histoire de France. Partie des universités, étendue à toute l'économie. Accords de Grenelle (+35% SMIG, section syndicale). Dissolution de l'Assemblée, victoire gaulliste aux législatives.

Justification débattue

Débattu. Les revendications salariales étaient réelles (SMIG en retard sur la croissance), mais le mouvement a aussi servi de levier à des revendications politiques et culturelles qui dépassaient le cadre du travail. Les accords de Grenelle ont coûté l'équivalent de 4 points de PIB et ont contribué à l'inflation des années 1970. Le PIB/habitant français, supérieur à celui de l'Allemagne avant 1968, a commencé à décrocher après — corrélation, pas causalité prouvée.

Source : INSEE — Évolution du SMIG/SMIC, séries historiques

Effets mesurés

Effets positifs

4
  • Hausse historique du SMIG de 35 %, la plus forte augmentation jamais accordée, relevant le salaire minimum horaire de 2,22 F à 3,00 F

    SMIG horaire
    2.22 francs/heure3 francs/heure
    Fiabilité hauteMesure : 1968-06-01Georges Pompidou (Premier ministre),gouvernement,organisations patronales et syndicales — Accords de Grenelle (Projet de protocole d'accord des réunions tenues les 25, 26 et 27 mai 1968 au ministère des Affaires sociales) agent en recherche
  • Augmentation générale des salaires de 10 %, améliorant significativement le pouvoir d'achat de millions de travailleurs

    Hausse salariale moyenne
    Fiabilité hauteMesure : 1968-10-01Georges Pompidou (Premier ministre),gouvernement,organisations patronales et syndicales — Accords de Grenelle (Projet de protocole d'accord des réunions tenues les 25, 26 et 27 mai 1968 au ministère des Affaires sociales) agent en recherche
  • Reconnaissance de la section syndicale d'entreprise, ouvrant la voie à la loi du 27 décembre 1968 sur l'exercice du droit syndical

    Fiabilité hauteMesure : 1968-12-27Loi n° 68-1179 du 27 décembre 1968 relative à l'exercice du droit syndical dans les entreprises agent en recherche
  • Paiement partiel des jours de grève (50 %), concession sans précédent qui reconnaît la légitimité du mouvement

    Fiabilité hauteMesure : 1968-06-01Georges Pompidou (Premier ministre),gouvernement,organisations patronales et syndicales — Accords de Grenelle (Projet de protocole d'accord des réunions tenues les 25, 26 et 27 mai 1968 au ministère des Affaires sociales) agent en recherche

Effets négatifs

2
  • Poussée inflationniste consécutive aux hausses de salaires : l'inflation atteint 6,5 % en 1969, contre 4,5 % en 1967

    Taux d'inflation
    4.5 %6.5 %
    Fiabilité hauteMesure : 1969-12-31INSEE — Rapport sur les Comptes de la Nation de l'année 1968 / de l'année 1969 agent en recherche
  • Dégradation de la compétitivité des entreprises françaises due à la hausse brutale des coûts salariaux, contribuant à la dévaluation du franc en août 1969

Effets de bord

2
  • Les « accords de Grenelle » deviennent un modèle de référence pour la résolution des crises sociales en France, le terme « Grenelle » désignant désormais toute grande négociation multipartite (Grenelle de l'environnement 2007, etc.)

  • Création du SMIC en 1970 (remplaçant le SMIG), indexé sur la croissance et non plus seulement sur les prix, conséquence directe de la dynamique salariale de Grenelle

    Fiabilité hauteMesure : 1970-01-02Loi n° 70-7 du 2 janvier 1970 portant réforme du salaire minimum garanti et création d'un salaire minimum de croissance agent en recherche

Analyses contradictoires

Pour

Les accords de Grenelle représentent la plus grande avancée sociale depuis 1936 : hausse massive des bas salaires, reconnaissance du fait syndical dans l'entreprise, réduction du temps de travail. Ils démontrent l'efficacité du dialogue social face à la crise et permettent de rattraper un retard français en matière de salaires et de droits syndicaux. [Données factuelles : Hausse historique du SMIG de 35 %, la plus forte augmentation jamais accordée, relevant le salaire minimum horaire de 2,22 F à 3,00 F : 2.22 → 3 francs/heure ; Hausse salariale moyenne : 10 %.]

Contre

Les accords de Grenelle sont des concessions accordées dans la panique pour sauver le régime. L'inflation qui s'ensuit annule une partie des gains salariaux. La dévaluation de 1969 fait payer aux Français le coût des hausses. Surtout, le mouvement demandait une transformation profonde de la société, pas seulement des augmentations de salaire — Grenelle a acheté la paix sociale sans répondre aux aspirations libertaires de Mai 68. [Données factuelles : Poussée inflationniste consécutive aux hausses de salaires : l'inflation atteint 6,5 % en 1969, contre 4,5 % en 1967 : 4.5 → 6.5 %.]

analyse de la rédactionArgument formulé par nous, sans source tierce.

Sources

  • [1]

    Accords de Grenelle (1968) — BnF (notice de titre conventionnel) ; texte également conservé par l'Institut Georges Pompidou, 1968 · notice référence bibliographique

    Source officielleBiais : institutionnel
  • [2]

    Ludivine Bantigny — 1968 : de grands soirs en petits matins — Seuil, 2018, 450 p. · ISBN 978-2-02-130157-1 · notice référence bibliographique

    Source académiqueLudivine Bantigny
  • [3]

    Les accords de Grenelle, 27 mai 1968

    Source officielleBiais : institutionnel
Données disponibles (7/9)
2+ sourcesSource avec lienEffets positifsEffets négatifsAnalyse pourAnalyse contrePromesse tracéeTexte officielChaînage législatif

Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel

727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources