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Loi Edgar Faure d'orientation de l'enseignement supérieur

Réforme profonde de l'université française instaurant autonomie, participation et pluridisciplinarité après Mai 68.

Rattachement présidentiel : Charles de Gaulle
Gouvernement de rattachement : Maurice Couve de Murville

Initiative politique : présidentielle

Acteurs et rôles documentés : Charles de Gaulle (président de la République), Edgar Faure (ministre de l’Éducation nationale), Michel Alliot (directeur du cabinet d’Edgar Faure), Jacques de Chalendar (conseiller technique d’Edgar Faure).

De Gaulle confie à Faure la recherche d’une solution politique à la crise universitaire de 1968. Fischer relie cette mission à la loi Faure. Le ministre et son cabinet élaborent le texte, avec les consultations et arbitrages décrits par les archives.

Attribution revue le 2026-10-12.

Comment l’initiative est-elle établie ?
Dépassée

Description

Adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 10 octobre 1968 et promulguée le 12 novembre, la loi d'orientation de l'enseignement supérieur portée par le ministre Edgar Faure constitue la réponse institutionnelle à la crise de Mai 68. Elle supprime les anciennes facultés et les remplace par des universités autonomes dotées de la personnalité juridique et de l'autonomie pédagogique, administrative et financière. Le texte instaure la cogestion avec la participation des étudiants et du personnel non enseignant aux conseils d'université. Il impose la pluridisciplinarité pour briser le cloisonnement des facultés traditionnelles. Les universités sont désormais dirigées par un président élu. La loi crée également les UER (unités d'enseignement et de recherche). Cette réforme, considérée comme la plus importante du gouvernement Couve de Murville, transforme durablement le paysage universitaire français, même si son application se heurtera à de nombreuses résistances. La carte universitaire est profondément redessinée, notamment à Paris où la Sorbonne éclate en treize universités.

Contexte

Mai 68 a mis en lumière la crise profonde de l'université française : surpeuplement, enseignement magistral rigide, absence de participation étudiante, inadaptation des formations au marché du travail. Les accords de Grenelle n'ont pas traité la question universitaire. De Gaulle confie à Edgar Faure, gaulliste réputé libéral, la mission de réformer en profondeur un système hérité du XIXe siècle.

Texte officiel consolidé

Vérifié le 13 avril 2026
Identifiant Légifrance
LEGITEXT000006068329_30-01-1993
Publication au JORF
13 novembre 1968
Consulter sur LégifranceSource opposable · PISTE / DILA

Chaîne d'impact

Réforme

Loi Faure (universités)

novembre 1968

Mouvements sociaux

Réaction de la société civile à cette réforme

Mai 68

1968-05-03 — 1968-06-30 (58 jours)

Compromis
historique10 millions de grévistes
CGTCFDTFOUNEF

Cause

Crise sociale et culturelle généralisée — revendications salariales, démocratie universitaire, libération des mœurs

Plus grande grève générale de l'histoire de France. Partie des universités, étendue à toute l'économie. Accords de Grenelle (+35% SMIG, section syndicale). Dissolution de l'Assemblée, victoire gaulliste aux législatives.

Justification débattue

Débattu. Les revendications salariales étaient réelles (SMIG en retard sur la croissance), mais le mouvement a aussi servi de levier à des revendications politiques et culturelles qui dépassaient le cadre du travail. Les accords de Grenelle ont coûté l'équivalent de 4 points de PIB et ont contribué à l'inflation des années 1970. Le PIB/habitant français, supérieur à celui de l'Allemagne avant 1968, a commencé à décrocher après — corrélation, pas causalité prouvée.

Source : INSEE — Évolution du SMIG/SMIC, séries historiques

Chaînage législatif

1984remplacement

La loi Savary de 1984 remplace la loi Faure tout en conservant ses principes fondateurs (autonomie, participation, pluridisciplinarité).

→ (fiche non identifiée)

Promesse d'origine

« Réformer la participation des travailleurs dans l'entreprise »

Source : Programme présidentiel 1965 — participation élargie à l'université

Écart entre promesse et réalisation

La promesse visait la participation dans l'entreprise ; elle a été étendue à l'université sous la pression de Mai 68, dans un cadre bien plus ambitieux que prévu initialement.

Effets mesurés

Effets positifs

2

Effets négatifs

2
  • Éclatement de la Sorbonne en 13 universités parisiennes de taille et de prestige très inégaux, créant une hiérarchie implicite

    Fiabilité hauteMesure : 1971-01-01Christine Musselin — La longue marche des universités françaises — Presses Universitaires de France (PUF), coll. « Sciences sociales et sociétés », 2001, 218 p. · ISBN 978-2-13-051441-1 · notice référence bibliographique
  • Autonomie souvent théorique faute de moyens financiers suffisants et de culture managériale dans les universités

Effets de bord

1
  • Politisation accrue des conseils universitaires, certains tombant sous l'influence de groupes militants, éloignant les objectifs de cogestion apaisée

    Fiabilité moyenneMesure : 1972-01-01Raymond Aron — La Révolution introuvable : réflexions sur les évènements de mai — Fayard, 1968, 191 p. · notice référence bibliographique

Analyses contradictoires

Pour

La loi Faure a sauvé l'université française du naufrage en apportant une réponse institutionnelle lucide à la crise de Mai 68. En instaurant l'autonomie, la participation et la pluridisciplinarité, elle a brisé les rigidités du système napoléonien qui avait conduit à l'explosion. La création de 70 universités autonomes en remplacement des 23 anciennes facultés a permis d'absorber la massification de l'enseignement supérieur tout en instaurant une gouvernance démocratique inédite où étudiants et personnel non enseignant participent aux décisions. Adoptée à l'unanimité, elle fait partie des rares lois de consensus de la Ve République.

Contre

La loi Faure a promis une autonomie universitaire qu'elle n'avait pas les moyens de financer, créant un système structurellement sous-doté où les universités sont « autonomes » pour gérer la pénurie. La cogestion avec des étudiants de passage, élus sur des taux de participation dérisoires et souvent captés par des groupes militants, a affaibli le pilotage stratégique des établissements. L'éclatement de la Sorbonne en 13 universités de prestige très inégal a créé une hiérarchie implicite reproduisant les inégalités sociales. Le dualisme universités-grandes écoles, jamais traité par la loi, a été renforcé, les grandes écoles captant les meilleurs étudiants et les meilleurs financements.

Chaînage législatif

Modifiée par

  • remplacement
    loi-savary-enseignement-superieur-1984 (fiche non identifiée)

    La loi Savary de 1984 remplace la loi Faure tout en conservant ses principes fondateurs (autonomie, participation, pluridisciplinarité).

Cette réforme a été abrogée par : loi-savary-enseignement-superieur-1984 (fiche non identifiée)

Sources

Données disponibles (9/9)
Texte officiel2+ sourcesSource avec lienEffets positifsEffets négatifsAnalyse pourAnalyse contrePromesse tracéeChaînage législatif

Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel

727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources