Loi Edgar Faure d'orientation de l'enseignement supérieur
Réforme profonde de l'université française instaurant autonomie, participation et pluridisciplinarité après Mai 68.
Initiative politique : présidentielle
Acteurs et rôles documentés : Charles de Gaulle (président de la République), Edgar Faure (ministre de l’Éducation nationale), Michel Alliot (directeur du cabinet d’Edgar Faure), Jacques de Chalendar (conseiller technique d’Edgar Faure).
De Gaulle confie à Faure la recherche d’une solution politique à la crise universitaire de 1968. Fischer relie cette mission à la loi Faure. Le ministre et son cabinet élaborent le texte, avec les consultations et arbitrages décrits par les archives.
- Didier Fischer, « Les étudiants dans les années 1960 ou la gestation d’un monde nouveau », Les étudiants en France, PUR, 2009
Paraphrase : de Gaulle charge Faure de répondre politiquement à la crise ; la loi Faure fournit la nouvelle organisation universitaire.
- Sylvie Le Clech et Emmanuelle Picard, annexe sur les archives publiques de la loi Faure, PUR, 2016
Paraphrase : le fonds Chalendar conserve le manuscrit du ministre et les consultations du cabinet préparant la loi.
Attribution revue le 2026-10-12.
Description
Adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 10 octobre 1968 et promulguée le 12 novembre, la loi d'orientation de l'enseignement supérieur portée par le ministre Edgar Faure constitue la réponse institutionnelle à la crise de Mai 68. Elle supprime les anciennes facultés et les remplace par des universités autonomes dotées de la personnalité juridique et de l'autonomie pédagogique, administrative et financière. Le texte instaure la cogestion avec la participation des étudiants et du personnel non enseignant aux conseils d'université. Il impose la pluridisciplinarité pour briser le cloisonnement des facultés traditionnelles. Les universités sont désormais dirigées par un président élu. La loi crée également les UER (unités d'enseignement et de recherche). Cette réforme, considérée comme la plus importante du gouvernement Couve de Murville, transforme durablement le paysage universitaire français, même si son application se heurtera à de nombreuses résistances. La carte universitaire est profondément redessinée, notamment à Paris où la Sorbonne éclate en treize universités.
Contexte
Mai 68 a mis en lumière la crise profonde de l'université française : surpeuplement, enseignement magistral rigide, absence de participation étudiante, inadaptation des formations au marché du travail. Les accords de Grenelle n'ont pas traité la question universitaire. De Gaulle confie à Edgar Faure, gaulliste réputé libéral, la mission de réformer en profondeur un système hérité du XIXe siècle.
Texte officiel consolidé
Vérifié le 13 avril 2026- Identifiant Légifrance
- LEGITEXT000006068329_30-01-1993
- Publication au JORF
- 13 novembre 1968
Chaîne d'impact
Réforme
Loi Faure (universités)
novembre 1968
Mouvements sociaux
Réaction de la société civile à cette réforme
Mai 68
1968-05-03 — 1968-06-30 (58 jours)
Cause
Crise sociale et culturelle généralisée — revendications salariales, démocratie universitaire, libération des mœurs
Plus grande grève générale de l'histoire de France. Partie des universités, étendue à toute l'économie. Accords de Grenelle (+35% SMIG, section syndicale). Dissolution de l'Assemblée, victoire gaulliste aux législatives.
Justification débattue
Débattu. Les revendications salariales étaient réelles (SMIG en retard sur la croissance), mais le mouvement a aussi servi de levier à des revendications politiques et culturelles qui dépassaient le cadre du travail. Les accords de Grenelle ont coûté l'équivalent de 4 points de PIB et ont contribué à l'inflation des années 1970. Le PIB/habitant français, supérieur à celui de l'Allemagne avant 1968, a commencé à décrocher après — corrélation, pas causalité prouvée.
Source : INSEE — Évolution du SMIG/SMIC, séries historiques
Chaînage législatif
La loi Savary de 1984 remplace la loi Faure tout en conservant ses principes fondateurs (autonomie, participation, pluridisciplinarité).
Schéma récurrent — 19 tentatives
Des réformes similaires ont été tentées à d'autres époques
Promesse d'origine
« Réformer la participation des travailleurs dans l'entreprise »
Source : Programme présidentiel 1965 — participation élargie à l'université
Écart entre promesse et réalisation
La promesse visait la participation dans l'entreprise ; elle a été étendue à l'université sous la pression de Mai 68, dans un cadre bien plus ambitieux que prévu initialement.
Effets mesurés
Effets positifs
2Création de 70 universités autonomes en remplacement des 23 anciennes facultés, démocratisant l'accès et la gouvernance
Nombre d'universités23 universités70 universitésFiabilité hauteMesure : 1971-01-01Conférence des présidents d'université / France Universités — CPU, 50 ans de transformations avec les universités françaisesIntroduction de la représentation étudiante dans les conseils d'université, rompant avec le modèle napoléonien
Effets négatifs
2Éclatement de la Sorbonne en 13 universités parisiennes de taille et de prestige très inégaux, créant une hiérarchie implicite
Fiabilité hauteMesure : 1971-01-01Christine Musselin — La longue marche des universités françaises — Presses Universitaires de France (PUF), coll. « Sciences sociales et sociétés », 2001, 218 p. · ISBN 978-2-13-051441-1 · notice référence bibliographiqueAutonomie souvent théorique faute de moyens financiers suffisants et de culture managériale dans les universités
Fiabilité moyenneMesure : 1975-01-01Cour des comptes — L'autonomie financière des universités : une réforme à poursuivre
Effets de bord
1Politisation accrue des conseils universitaires, certains tombant sous l'influence de groupes militants, éloignant les objectifs de cogestion apaisée
Fiabilité moyenneMesure : 1972-01-01Raymond Aron — La Révolution introuvable : réflexions sur les évènements de mai — Fayard, 1968, 191 p. · notice référence bibliographique
Analyses contradictoires
Pour
La loi Faure a sauvé l'université française du naufrage en apportant une réponse institutionnelle lucide à la crise de Mai 68. En instaurant l'autonomie, la participation et la pluridisciplinarité, elle a brisé les rigidités du système napoléonien qui avait conduit à l'explosion. La création de 70 universités autonomes en remplacement des 23 anciennes facultés a permis d'absorber la massification de l'enseignement supérieur tout en instaurant une gouvernance démocratique inédite où étudiants et personnel non enseignant participent aux décisions. Adoptée à l'unanimité, elle fait partie des rares lois de consensus de la Ve République.
Contre
La loi Faure a promis une autonomie universitaire qu'elle n'avait pas les moyens de financer, créant un système structurellement sous-doté où les universités sont « autonomes » pour gérer la pénurie. La cogestion avec des étudiants de passage, élus sur des taux de participation dérisoires et souvent captés par des groupes militants, a affaibli le pilotage stratégique des établissements. L'éclatement de la Sorbonne en 13 universités de prestige très inégal a créé une hiérarchie implicite reproduisant les inégalités sociales. Le dualisme universités-grandes écoles, jamais traité par la loi, a été renforcé, les grandes écoles captant les meilleurs étudiants et les meilleurs financements.
Chaînage législatif
Modifiée par
- remplacementloi-savary-enseignement-superieur-1984 (fiche non identifiée)
La loi Savary de 1984 remplace la loi Faure tout en conservant ses principes fondateurs (autonomie, participation, pluridisciplinarité).
Cette réforme a été abrogée par : loi-savary-enseignement-superieur-1984 (fiche non identifiée)
Sources
- [1]
- [2]
Antoine Prost — Histoire de l'enseignement en France, 1800-1967
Source académiqueAntoine Prost - [3]
Christine Musselin — La longue marche des universités françaises — Presses Universitaires de France (PUF), coll. « Sciences sociales et sociétés », 2001, 218 p. · ISBN 978-2-13-051441-1 référence bibliographique
Source académiqueChristine Musselin
Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel
727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources