Politique de stabilisation monétaire et refus de dévaluer le franc
De Gaulle refuse la dévaluation du franc malgré la crise monétaire post-Mai 68, imposant un plan d'austérité.
Initiative politique : présidentielle
Acteurs et rôles documentés : Charles de Gaulle, président de la République (1959–1969).
Le refus de dévaluer en novembre 1968 procède de la décision de de Gaulle de maintenir la parité du franc. André de Lattre, alors présent à l’Élysée, distingue la gestion économique laissée au gouvernement après Mai 68 de la reprise présidentielle du dossier pendant la crise monétaire. Le président conduit ensuite les conseils restreints et les mesures de redressement.
- André de Lattre — Le plan de stabilisation de 1963, conférence publiée dans Espoir n° 69 (1989)
Paraphrase : après la crise monétaire de novembre 1968, de Gaulle refuse la dévaluation puis reprend la conduite du redressement par des conseils restreints.
Attribution revue le 2026-10-12.
Description
Après Mai 68, le franc est soumis à une pression spéculative intense. Les accords de Grenelle ont entraîné une hausse massive des salaires (environ 10 % en moyenne), alimentant l'inflation et creusant le déficit commercial. En novembre 1968, une crise monétaire internationale éclate autour du franc et du mark. Les marchés anticipent une dévaluation. Le groupe des Dix se réunit à Bonn les 20-22 novembre. Tous les experts, y compris le ministre des Finances François-Xavier Ortoli, recommandent une dévaluation de 11,1 %. Mais le 24 novembre, de Gaulle annonce à la surprise générale son refus de dévaluer, déclarant : « La dévaluation serait la pire des absurdités. » Il impose à la place un plan de rigueur comportant un strict contrôle des changes, une réduction des dépenses publiques et une hausse des impôts. Cette décision, hautement politique, vise à préserver le prestige du franc et l'indépendance nationale. Elle se révélera cependant insuffisante : après le départ de de Gaulle, Pompidou procédera à la dévaluation de 12,5 % le 8 août 1969.
Contexte
Le franc, stabilisé par la réforme Pinay-Rueff de 1958, est un symbole de la restauration gaullienne. Mai 68 et ses conséquences salariales (accords de Grenelle) ont rompu l'équilibre des comptes extérieurs. La spéculation contre le franc s'intensifie tandis que le mark allemand est sous-évalué. De Gaulle refuse de céder aux marchés, y voyant une question de souveraineté nationale.
Texte officiel consolidé
Vérifié le 10 octobre 2026- Identifiant Légifrance
- JORFTEXT000000511371
- Publication au JORF
- 24 novembre 1968
Chaîne d'impact
Réforme
Refus de dévaluation (nov. 1968)
novembre 1968
Chaînage législatif
Pompidou procède à la dévaluation de 12,5 % du franc en août 1969, rendant caduque la politique de non-dévaluation de de Gaulle.
Promesse d'origine
« Maintenir la stabilité monétaire »
Source : Programme présidentiel 1965
Écart entre promesse et réalisation
De Gaulle tient formellement sa promesse de stabilité du franc en refusant de dévaluer, mais au prix de mesures d'austérité et d'un contrôle des changes qui reconnaissent implicitement la fragilité monétaire.
Effets mesurés
Effets positifs
2Préservation temporaire de la parité du franc et du prestige monétaire gaullien
Démonstration de souveraineté face aux marchés financiers internationaux
Fiabilité moyenneMesure : 1968-12-01Alain Peyrefitte — C'était de Gaulle (ouvrage en trois tomes) — Éditions de Fallois / Fayard · notice référence bibliographique
Effets négatifs
3Plan d'austérité pénalisant la croissance et l'emploi dans un contexte de sortie de crise sociale
Contrôle des changes restrictif freinant les échanges commerciaux et l'investissement étranger
Report inévitable de la dévaluation : Pompidou dévalue de 12,5 % en août 1969, taux plus élevé que celui recommandé en novembre 1968
Taux de dévaluation11.1 % de dévaluation12.5 % de dévaluationFiabilité hauteMesure : 1969-08-08Margaret Garritsen de Vries — The International Monetary Fund, 1966-1971 : The System Under Stress (vol. II, ch. 22)
Effets de bord
1Fuite de capitaux malgré le contrôle des changes, estimée à 3 milliards de francs entre novembre 1968 et avril 1969
Analyses contradictoires
Pour
Le refus de dévaluer était un acte de souveraineté cohérent avec la doctrine gaullienne d'indépendance nationale, refusant de céder aux pressions des marchés et des partenaires étrangers.
Contre
Le refus de dévaluer a aggravé les déséquilibres économiques, imposé une austérité inutile et n'a fait que retarder l'inévitable, Pompidou procédant finalement à une dévaluation plus coûteuse quelques mois plus tard. [Données factuelles : Report inévitable de la dévaluation : Pompidou dévalue de 12,5 % en août 1969, taux plus élevé que celui recommandé en novembre 1968 : 11.1 → 12.5 % de dévaluation.]
Chaînage législatif
Modifiée par
- inversiondevaluation-franc-aout-1969 (fiche non identifiée)
Pompidou procède à la dévaluation de 12,5 % du franc en août 1969, rendant caduque la politique de non-dévaluation de de Gaulle.
Sources
- [1]
Banque de France — Rapport annuel de la Banque de France
MédiaBanque de France - [2]
Alain Peyrefitte — C'était de Gaulle (ouvrage en trois tomes) — Éditions de Fallois / Fayard · notice référence bibliographique
Source académiqueAlain Peyrefitte - [3]
Jean Lacouture — De Gaulle. 3, Le Souverain : 1959-1970 — Seuil, 1986, 876 p. · ISBN 978-2-02-009351-4 référence bibliographique
Source académiqueJean Lacouture
Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel
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