Décret du 3 février 1959 créant le ministère des Affaires culturelles
Création d'un ministère dédié à la culture confié à André Malraux, fondant la politique culturelle française de démocratisation de l'accès aux grandes œuvres.
Initiative politique : présidentielle
Acteurs et rôles documentés : Charles de Gaulle (président de la République), Michel Debré (Premier ministre), André Malraux (ministre d’État chargé des Affaires culturelles).
De Gaulle demande à Debré de tailler un ministère pour Malraux ; ce dernier rédige le décret fixant ses missions. Impulsion présidentielle et préparation ministérielle sont distinguées.
- Création du ministère — Ministère de la Culture
Taillez pour lui un ministère
Attribution revue le 2026-10-12.
Description
Le décret du 3 février 1959 crée le ministère des Affaires culturelles et le confie à l'écrivain André Malraux, compagnon de la Résistance et figure intellectuelle majeure du gaullisme. Ce ministère, nouveau dans l'histoire administrative française, se voit confier la mission de « rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité, et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ; d'assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit qui l'enrichissent ». Malraux regroupe sous son autorité des services jusqu'alors dispersés entre plusieurs ministères : architecture, monuments historiques, arts et lettres, archives, cinéma.
Contexte
Avant 1959, la France n'a pas de ministère de la Culture. Les Beaux-Arts sont rattachés à l'Éducation nationale. La vie culturelle est concentrée à Paris. De Gaulle, soucieux du rayonnement de la France et ami personnel de Malraux, crée ce poste sur mesure pour l'écrivain. C'est aussi une façon de signifier que la grandeur de la France ne se mesure pas qu'à sa puissance militaire ou économique.
Texte officiel consolidé
Vérifié le 14 avril 2026- Identifiant Légifrance
- JORFTEXT000000309377
- Publication au JORF
- 04 février 1959
Chaîne d'impact
Réforme
Création du ministère de la Culture (Malraux)
février 1959
Chaînage législatif
Jack Lang double le budget du ministère et élargit la définition de la culture aux pratiques populaires, au rock, à la bande dessinée et aux arts de la rue.
Schéma récurrent — 27 tentatives
Des réformes similaires ont été tentées à d'autres époques
Effets mesurés
Effets positifs
3Création d'une politique culturelle publique pérenne, le budget du ministère passant de 0,38 % du budget de l'État en 1960 à près de 1 % sous Jack Lang en 1982
Budget du ministère de la Culture / budget de l'État0 % du budget de l'État0.38 % du budget de l'ÉtatFiabilité hauteMesure : 1960Ministère de la Culture — Le budget du ministère des Affaires culturelles depuis 1960 agent en rechercheLancement des Maisons de la culture pour décentraliser l'accès aux œuvres : 8 Maisons ouvertes entre 1961 et 1968, préfigurant le réseau des scènes nationales
Nombre de Maisons de la culture0 Maisons de la culture8 Maisons de la cultureFiabilité hauteMesure : 1968Philippe Urfalino — L'invention de la politique culturelle — Hachette Littératures, coll. « Pluriel », 2011, 427 p. · ISBN 978-2-8185-0250-1 · notice référence bibliographiqueRavalement des monuments parisiens (Louvre, Notre-Dame, Opéra) et lancement de l'inventaire général des richesses artistiques de la France, effort patrimonial sans précédent
Fiabilité hauteMesure : 1964André Malraux — Intervention à l'Assemblée nationale, 27 octobre 1966 (discours budgétaire) agent en recherche
Effets négatifs
2Budget très insuffisant pour l'ambition affichée : l'objectif de une Maison de la culture par département ne sera jamais atteint, seules 8 sur 95 prévues verront le jour sous Malraux
Taux de réalisation des Maisons de la culture95 Maisons prévues vs réalisées8 Maisons prévues vs réaliséesFiabilité hauteMesure : 1969Philippe Urfalino — L'invention de la politique culturelle — Hachette Littératures (1ère éd.) / Hachette Pluriel (rééd. 2004), 1996 · ISBN 978-2-01-279206-7 référence bibliographiqueConception élitiste de la démocratisation culturelle centrée sur le « choc esthétique » avec les grandes œuvres, négligeant les pratiques culturelles populaires et l'éducation artistique
Fiabilité moyenneMesure : 1968Pierre Bourdieu, Alain Darbel — L'amour de l'art : les musées d'art européens et leur public — Éditions de Minuit, 1966, 216 p. · ISBN 9782707300287 référence bibliographique
Effets de bord
1Création d'un modèle d'intervention culturelle étatique exporté internationalement (« exception culturelle française ») et jamais remis en cause par aucun gouvernement, de droite comme de gauche
Fiabilité hauteMesure : 1981Maryvonne de Saint Pulgent — Le gouvernement de la culture — Gallimard (coll. Le Débat), 1999, 378 p. · ISBN 9782070751907 référence bibliographique
Analyses contradictoires
Pour
La création du ministère des Affaires culturelles en 1959 constitue un acte fondateur de l'exception culturelle française. Malraux a inventé une politique publique nouvelle — la démocratisation culturelle — en donnant à l'État la mission de rendre accessible au plus grand nombre les œuvres majeures de l'humanité. Les Maisons de la culture, le ravalement des monuments, l'inventaire du patrimoine et la loi sur les secteurs sauvegardés ont posé les bases d'une action publique culturelle continue, jamais remise en cause en plus de soixante ans et admirée dans le monde entier comme un modèle d'intervention étatique au service de la création et du patrimoine. [Données factuelles : Création d'une politique culturelle publique pérenne, le budget du ministère passant de 0,38 % du budget de l'État en 1960 à près de 1 % sous Jack Lang en 1982 : 0 → 0.38 % du budget de l'État ; Lancement des Maisons de la culture pour décentraliser l'accès aux œuvres : 8 Maisons ouvertes entre 1961 et 1968, préfigurant le réseau des scènes nationales : 0 → 8 Maisons de la culture.]
Contre
La politique culturelle de Malraux, malgré sa rhétorique universaliste, a imposé une vision élitiste et parisienne de la culture qui a négligé les pratiques populaires, les cultures régionales et la diversité des expressions artistiques. Le « choc esthétique » entre l'œuvre et le public, credo de Malraux, ignore les barrières sociales analysées par Pierre Bourdieu : sans médiation éducative, l'accès physique aux œuvres ne suffit pas à réduire les inégalités culturelles. Le ministère a instauré un dirigisme culturel étatique qui décide de ce qui est « culture légitime », au détriment de la liberté de création et de la spontanéité des pratiques populaires. [Données factuelles : Budget très insuffisant pour l'ambition affichée : l'objectif de une Maison de la culture par département ne sera jamais atteint, seules 8 sur 95 prévues verront le jour sous Malraux : 95 → 8 Maisons prévues vs réalisées.]
Chaînage législatif
Modifiée par
- extensiondoublement-budget-culture-lang-1982 (fiche non identifiée)
Jack Lang double le budget du ministère et élargit la définition de la culture aux pratiques populaires, au rock, à la bande dessinée et aux arts de la rue.
Sources
- [1]Source officielleBiais : institutionnel
- [2]
Philippe Urfalino — L'invention de la politique culturelle — Hachette Littératures, coll. « Pluriel », 2011, 427 p. · ISBN 978-2-8185-0250-1 référence bibliographique
Source académiquePhilippe Urfalino
Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel
727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources