StructuranteLoiÉconomie & Finances

Loi d'habilitation aux privatisations — Programme de dénationalisation

Programme massif de privatisation de 65 groupes industriels et bancaires nationalisés, inversant les nationalisations de 1982.

Rattachement présidentiel : François Mitterrand
Gouvernement de rattachement : Jacques Chirac

Initiative politique : gouvernementale

Acteurs et rôles documentés : Jacques Chirac (Premier ministre).

Mesure annoncée dans la politique générale de Chirac, le 9 avril 1986.

Attribution revue le 2026-10-11.

Cohabitation — gouvernement Jacques Chirac. Ce contexte ne prouve pas l’origine politique de chaque réforme.

Comment l’initiative est-elle établie ?
Partiellement tenue

Description

La loi du 2 juillet 1986 autorise le gouvernement à privatiser 65 groupes publics par ordonnance, dans un délai de cinq ans. Portée par Édouard Balladur, ministre de l'Économie, cette loi inverse frontalement les nationalisations menées par la gauche en 1982. Le programme prévoit la cession au secteur privé de groupes industriels (Saint-Gobain, CGE, Matra, Rhône-Poulenc), bancaires (Paribas, Société Générale, Suez, CCF, BNP) et d'assurance (AGF, GAN). La méthode retenue — Offre Publique de Vente (OPV) avec constitution de « noyaux durs » d'actionnaires stables — est conçue pour créer un capitalisme populaire tout en protégeant les entreprises de prises de contrôle hostiles. Entre 1986 et le krach boursier d'octobre 1987, treize groupes sont effectivement privatisés, rapportant environ 71 milliards de francs à l'État. Le krach interrompt le programme, mais il sera repris par Balladur en 1993. Cette loi marque un tournant idéologique majeur : la droite française assume désormais ouvertement le libéralisme économique, sous l'influence de Margaret Thatcher et Ronald Reagan.

Contexte

La droite, revenue au pouvoir par les législatives de mars 1986, veut marquer une rupture avec les nationalisations de 1982. Le modèle thatchérien de privatisation massive inspire directement Balladur et Chirac. Les marchés financiers sont euphoriques.

Parcours institutionnel

Navette Assemblée — Sénat

  • Première chambre saisie : Assemblée nationale
  • Lectures : 2
  • Durée dépôt → promulgation : 84 jours
  • Commission mixte paritaire : non réunie
  • Accord des chambres en navette simple
  • Dossier législatif (senat.fr)

Conseil constitutionnel

Saisine : 60 députés · 60 sénateurs

26 juin 1986Conforme

La couche institutionnelle est décrite dans Institutions.

Texte officiel consolidé

Vérifié le 13 avril 2026
Identifiant Légifrance
LEGITEXT000006068968_24-08-2014
Publication au JORF
03 juillet 1986
Consulter sur LégifranceSource opposable · PISTE / DILA

Chaîne d'impact

Réforme

Loi privatisations 1986

juillet 1986

Chaînage législatif

Modifie également

Promesse d'origine

« Privatiser les entreprises nationalisées par la gauche en 1982 (programme RPR-UDF pour les législatives de 1986) »

Source : Plateforme commune RPR-UDF, « Gouverner ensemble », 1986

Écart entre promesse et réalisation

Promesse largement tenue : 13 groupes privatisés sur 65 prévus avant l'interruption par le krach de 1987.

Effets mesurés

Effets positifs

3

Effets négatifs

2
  • Constitution de « noyaux durs » favorisant un capitalisme de connivence entre grandes familles et État, éloigné du capitalisme populaire annoncé

  • Pertes pour les petits actionnaires après le krach d'octobre 1987, entamant la confiance dans l'actionnariat populaire

    Fiabilité hauteMesure : 1987-12-31« Jeudi noir » à la Bourse de Paris. La désillusion des petits épargnants — Le Monde, 17 octobre 1987 (archives) agent en recherche

Effets de bord

1
  • Les privatisations de 1986-1988 créent un précédent irréversible : aucun gouvernement de gauche ne renationalisera les entreprises privatisées. Le programme sera repris et élargi par Balladur (1993-1995) puis Jospin (1997-2002).

    Fiabilité hauteMesure : 2002-01-01Élie Cohen — Le colbertisme "high tech" : économie des Telecom et du Grand projet — Hachette (collection Pluriel), 1992, 420 p. · ISBN 978-2-01-019343-9 · notice référence bibliographique

Analyses contradictoires

Pour

Les privatisations ont libéré les entreprises du carcan bureaucratique de la gestion publique et déclenché un formidable essor de la Bourse de Paris. En 18 mois, le nombre d'actionnaires individuels a triplé, passant de 2 à 6 millions de Français, démocratisant l'accès au capital. Les 71 milliards de francs de recettes ont contribué à réduire le déficit budgétaire. Les groupes privatisés — Saint-Gobain, Société Générale, Paribas — sont devenus des champions européens, démontrant que la propriété privée est plus efficace que la propriété publique pour dynamiser les entreprises dans un marché mondialisé.

Contre

Les privatisations ont bradé le patrimoine national au profit d'une oligarchie financière triée sur le volet. Le système des « noyaux durs » a permis à Balladur de distribuer les entreprises publiques à ses amis industriels et financiers, créant un capitalisme de connivence à la française. Les petits actionnaires, attirés par les promesses de capitalisme populaire, ont été floués par le krach d'octobre 1987 qui a fait chuter de 30 % les cours des entreprises fraîchement privatisées. L'État a perdu des leviers stratégiques de politique industrielle dans des secteurs clés comme la défense, l'énergie et les télécommunications.

Chaînage législatif

Modifie les réformes suivantes

Sources

Données disponibles (9/9)
Texte officiel2+ sourcesSource avec lienEffets positifsEffets négatifsAnalyse pourAnalyse contrePromesse tracéeChaînage législatif

Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel

727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources