Contrat première embauche (CPE) — CDI avec régime dérogatoire de rupture de deux ans
Contrat de travail pour les moins de 26 ans avec régime dérogatoire de rupture de deux ans prévu par le texte, massivement contesté puis retiré après des manifestations historiques.
Initiative politique : gouvernementale
Acteurs et rôles documentés : Dominique de Villepin (Premier ministre).
La source attribue explicitement à Villepin la décision de mettre en place le CPE.
- Biographie officielle — Dominique de Villepin
Dominique de Villepin décide ensuite de mettre en place le contrat première embauche (CPE). C’est là un nouveau type de contrat de travail à durée
Attribution revue le 2026-10-11.
Description
Le Contrat Première Embauche (CPE) est créé par l'article 8 de la loi n° 2006-396 du 31 mars 2006 pour l'égalité des chances, portée par le Premier ministre Dominique de Villepin. Il prévoit un CDI spécifique pour les moins de 26 ans dans les entreprises de plus de 20 salariés, avec un régime dérogatoire de rupture pendant les deux premières années du contrat, distinct d’une période d’essai de droit commun. L’article 8 est remplacé par la loi du 21 avril 2006 après la mobilisation contre le dispositif. Le gouvernement justifie cette mesure par le taux de chômage des jeunes (23 % en 2005) et l'argument que la flexibilité à l'embauche réduirait les réticences des employeurs. Dès janvier 2006, le projet déclenche la plus grande mobilisation sociale depuis 1968 : entre 1 et 3 millions de manifestants dans toute la France, grèves massives dans les universités occupées pendant des semaines, blocages.
Contexte
En 2005-2006, le chômage des jeunes atteint 23 %, bien au-dessus de la moyenne européenne. Les émeutes de banlieue de novembre 2005 ont mis en lumière la fracture sociale. Villepin, cherchant à reprendre l'initiative politique, propose un choc de flexibilité pour l'emploi des jeunes, après le CNE (Contrat Nouvelle Embauche) de 2005 pour les PME. Le contexte est aussi celui de la rivalité Villepin-Sarkozy pour la présidentielle de 2007.
Parcours institutionnel
Navette Assemblée — Sénat
- Première chambre saisie : Assemblée nationale
- Lectures : 2
- Durée dépôt → promulgation : 79 jours
- Commission mixte paritaire : réunie
- Dossier législatif (senat.fr)
Conseil constitutionnel
Saisine : 60 députés · 60 sénateurs
La couche institutionnelle est décrite dans Institutions.
Texte officiel consolidé
Vérifié le 13 avril 2026- Identifiant Légifrance
- LEGITEXT000006053516_02-04-2006
- Publication au JORF
- 02 avril 2006
Chaîne d'impact
Réforme
CPE – Contrat Première Embauche
mars 2006
Mouvements sociaux
Réaction de la société civile à cette réforme
Mouvement anti-CPE
2006-02-07 — 2006-04-10 (62 jours)
Cause
Contrat Première Embauche (CPE) permettant le licenciement sans motif des moins de 26 ans pendant 2 ans
Blocage des universités, manifestations massives, jonction étudiants-syndicats. Le CPE est promulgué puis immédiatement suspendu, jamais appliqué. Retrait total le 10 avril 2006.
Mouvement factuellement justifié
Le CPE a été déclaré conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel (décision n° 2006-535 DC du 30 mars 2006), sous réserve que toute rupture du contrat puisse être contestée devant le juge ; il a été retiré par le gouvernement lui-même (loi n° 2006-457 du 21 avril 2006) sous la pression du mouvement social, sans jamais être appliqué. La précarité qu'il instaurait pour les jeunes n'était pas compensée par des garanties suffisantes. L'attribution au Conseil d'État (« avis sur le CPE, mars 2006 ») n'est pas établie : le CPE, né d'un amendement gouvernemental adopté dans la nuit du 8 au 9 février 2006, est postérieur à l'avis rendu sur le projet déposé le 11 janvier 2006.
Source : Conseil constitutionnel — Décision n° 2006-535 DC du 30 mars 2006 (loi pour l'égalité des chances)
Schéma récurrent — 13 tentatives
Des réformes similaires ont été tentées à d'autres époques
Effets mesurés
Effets positifs
2Le débat sur le CPE a forcé une prise de conscience politique sur la nécessité de réformer le marché du travail pour les jeunes, alimentant les réformes ultérieures
Fiabilité moyenneMesure : 2007-01-01Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo — Les Juges et l'économie : une défiance française agent en rechercheDémonstration de la vitalité démocratique française : la mobilisation citoyenne a contraint le pouvoir à retirer un texte promulgué, cas unique sous la Ve République
Fiabilité hauteMesure : 2006-04-10Ludivine Bantigny — La France à l'heure du monde : de 1981 à nos jours — Seuil, coll. Histoire de la France contemporaine (dir. Johann Chapoutot), vol. 10, 2013 · ISBN 978-2-02-104754-7 référence bibliographique
Effets négatifs
2Paralysie politique : l'échec du CPE a rendu toute réforme du marché du travail politiquement toxique pour des années, retardant des adaptations nécessaires
Fiabilité hauteMesure : 2007-06-01La Tribune — Peut-on vraiment comparer le projet El Khomri au CPE de Villepin ?Coût économique des semaines de blocage universitaire et de grèves : perturbation de la formation de centaines de milliers d'étudiants pendant un semestre
Mesure : 2006-06-30Analyse de la rédaction — interprétation éditoriale, sans source tierce attachée.
Effets de bord
1L'épisode CPE a durablement affaibli Villepin et renforcé Sarkozy dans la course à l'Élysée 2007, redessinant le paysage politique de la droite
Fiabilité hauteMesure : 2007-05-06Rédaction du Monde — Divisée et affaiblie par la crise du CPE, la droite est en panne de stratégie
Analyses contradictoires
Pour
Le chômage des jeunes en France est un problème structurel lié à la rigidité excessive du marché du travail. Le CPE proposait un mécanisme pragmatique pour inciter les employeurs à embaucher des jeunes sans qualification en réduisant le risque à l'embauche. Des mécanismes similaires existent dans d'autres pays européens avec des résultats positifs.
Contre
Le CPE institutionnalisait la précarité en permettant un licenciement sans motif pendant deux ans, créant un CDI de seconde zone pour les jeunes. Loin de résoudre le chômage, il aurait substitué de l'emploi précaire à de l'emploi stable et renforcé l'insécurité sociale d'une génération déjà fragilisée. La méthode autoritaire — adoption par le 49.3 — a aggravé le rejet démocratique.
Chaînage législatif
Cette réforme a été abrogée par : Loi n° 2006-457 du 21 avril 2006 sur l'accès des jeunes à la vie active en entreprise (fiche non identifiée)
Sources
- [1]
- [2]
Ludivine Bantigny — La France à l'heure du monde : de 1981 à nos jours — Seuil, coll. Histoire de la France contemporaine (dir. Johann Chapoutot), vol. 10, 2013 · ISBN 978-2-02-104754-7 référence bibliographique
Source académiqueLudivine Bantigny - [3]
Légifrance — Loi n° 2006-396 du 31 mars 2006 — Article 8 initial
Source officielleLégifrance - [4]
Légifrance — Loi n° 2006-457 du 21 avril 2006 sur l'accès des jeunes à la vie active en entreprise
Source officielleLégifrance
Source de vérification : Légifrance — Voir le texte officiel
727 fiches de réforme dans le corpus. Les sources et niveaux de vérification varient selon les fiches. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources